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Médecine nucléaire en Guyane : cette médecin revenue au péyi veut ouvrir un centre qui manque cruellement à la population

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La Guyane attend depuis des années un outil médical capable de changer le quotidien de centaines de patients. Derrière cette attente, il y a des diagnostics retardés, des voyages épuisants vers d’autres territoires et une dépendance totale à l’extérieur. Aujourd’hui, une spécialiste revenue au péyi veut enfin combler ce vide. Mais ce projet soulève bien plus que l’ouverture d’un simple service médical.

Car avant d’en arriver là, il a fallu franchir des obstacles inattendus. Et comprendre pourquoi cette spécialité manque autant permet de mesurer l’importance de ce centre à venir.

Pourquoi la médecine nucléaire manque autant en Guyane

La Guyane fait face à un paradoxe : un territoire vaste, une population en croissance, mais une offre de soins qui reste limitée pour certaines spécialités. La médecine nucléaire fait partie de ces activités essentielles qui n’ont jamais été implantées localement, malgré leurs usages multiples en imagerie médicale et en traitements ciblés.

Ce manque oblige chaque année des patients à se rendre en Guadeloupe ou en Martinique pour bénéficier d’examens comme le TEP-scan ou la scintigraphie. Selon l’agence régionale de santé, près des deux tiers des 500 cancers diagnostiqués chaque année en Guyane nécessitent une radiothérapie interne vectorisée, une technique relevant de la médecine nucléaire. Sans centre sur place, ces patients doivent quitter la Guyane pour suivre un parcours médical déjà éprouvant.

La situation ne touche pas seulement l’oncologie. Les maladies cardiovasculaires, les troubles de la thyroïde, les complications liées au diabète ou à l’hypertension sont autant de domaines où la médecine nucléaire joue un rôle clé. Or ces pathologies sont particulièrement présentes en Guyane, notamment en raison du mercure dans les eaux qui entraîne des dérèglements hormonaux importants.

Face à ces constats, la question n’est plus de savoir pourquoi ouvrir un centre, mais comment un tel retard a pu perdurer. Et c’est là que l’histoire de la professionnelle à l’origine du projet prend tout son sens.

La réponse : le projet porté par Séverine Colombine

À l’origine de ce projet inédit, il y a Séverine Colombine, technicienne supérieure en imagerie médicale. Partie de Guyane en 2007, à seulement 18 ans, elle a construit un parcours exceptionnel : formation à Paris, engagement dans l’armée, six ans au Val-de-Grâce, deux ans à la Pitié-Salpêtrière, puis arrivée en 2017 au CHU de Guadeloupe où se trouve le premier TEP-scan des Antilles-Guyane.

C’est là qu’elle mesure pleinement ce que l’absence de médecine nucléaire représente pour les Guyanais. Elle voit arriver au quotidien des patients venus du département, souvent fatigués par le voyage, parfois angoissés par la complexité de leur parcours de soins.

De retour au pays, son objectif devient clair : implanter le premier centre de médecine nucléaire en Guyane. Un centre capable d’offrir des examens de scintigraphie, de TEP-scan et des traitements comme la radiothérapie interne vectorisée. Un outil essentiel dans un territoire où plus de 200 centres existent déjà en France hexagonale, mais aucun dans ce département amazonien.

Le fonctionnement de cette spécialité est très spécifique : contrairement à la radiologie classique (radio, scanner, IRM), la médecine nucléaire utilise des produits radioactifs injectés au patient. Ce sont ces produits qui émettent des rayonnements captés par les machines pour former l’image. Deux techniques dominent : la scintigraphie et le TEP-scan. Leur manipulation nécessite une expertise pointue, des protocoles stricts et des protections plombées pour limiter l’exposition.

Mais avant même d’installer les machines, il fallait obtenir des autorisations particulièrement complexes. C’est là que la bataille administrative commence.

La mise en œuvre : un parcours administratif long et strict

En février 2025, l’agence régionale de santé a ouvert une fenêtre de dépôt pour les demandes d’autorisation d’activités de soins et d’équipements matériels lourds. La médecine nucléaire fait partie de ces activités fortement réglementées, car elle mobilise des machines lourdes, des matières radioactives et une organisation exigeante.

Pendant dix ans, Séverine Colombine travaille sur un dossier complet, pensé pour répondre aux besoins du territoire et aux attentes de l’ARS. L’agence étudie la faisabilité du projet sur plusieurs horizons : court, moyen et long terme. Malgré un avis technique favorable, la demande d’autorisation est refusée.

Face à cette décision, elle dépose un recours auprès du tribunal administratif de Guyane. Il faudra deux recours successifs pour obtenir, enfin, l’autorisation officielle d’installer et de créer ce service inédit dans le département.

Concrètement, le centre fonctionnera comme un cabinet d’imagerie classique, similaire à ceux dédiés au scanner ou à l’IRM. Il permettra l’ouverture de postes pour des manipulateurs radio, des médecins et des physiciens médicaux. À terme, il pourrait aussi encourager les étudiants guyanais en médecine à se spécialiser dans ces disciplines, en voyant que ces outils existent désormais chez eux.

Cette autorisation ouvre la voie à la construction du centre, mais aussi d’un autre élément essentiel : un laboratoire de production de radioéléments.

Un composant indispensable : le laboratoire

Pour la scintigraphie, les produits radioactifs peuvent être envoyés depuis l’Hexagone, car leur durée de vie est suffisamment longue pour supporter le transport. En revanche, le TEP-scan repose sur des radioéléments dont la demi-vie est très courte. Impossible de les expédier sur de longues distances.

Comme l’explique Séverine Colombine, transporter ces produits serait comparable à prendre une boule de glace en Martinique, la mettre dans un avion et espérer qu’elle arrive encore intacte en Guyane. À l’arrivée, il n’en resterait rien. C’est pourquoi la production doit se faire localement grâce à un laboratoire équipé d’un cyclotron.

Avec ce laboratoire et le centre, la Guyane gagne une autonomie sanitaire longtemps attendue. Une étape cruciale dans un territoire qui aspire à une meilleure indépendance dans la gestion de ses soins.

Des retombées concrètes pour les Guyanais

L’ouverture de ce centre permettra de réduire drastiquement les déplacements vers la Guadeloupe, notamment pour les patients en attente de greffe rénale. Aujourd’hui, beaucoup doivent réaliser plusieurs examens avant leur transplantation, ce qui multiplie les allers-retours et les démarches.

  • Près de 500 cancers diagnostiqués chaque année en Guyane nécessitent un suivi rigoureux.
  • Deux tiers des patients ont besoin de radiothérapie interne vectorisée.
  • Les maladies cardiovasculaires et thyroïdiennes, fortement présentes dans le département, bénéficieront également des examens de médecine nucléaire.

Ce projet, largement relayé sur les réseaux sociaux et dépassant les 1 000 mentions “j’aime”, symbolise l’espoir d’un meilleur accès aux soins spécialisés pour la population.

Ce qu’il faut savoir pour éviter les idées reçues

La médecine nucléaire reste mal comprise du grand public. Beaucoup imaginent une forte exposition aux rayonnements, alors que les doses utilisées sont faibles et strictement contrôlées. Tous les protocoles suivent des normes établies par les autorités de radioprotection.

Un autre malentendu concerne le TEP-scan, souvent perçu comme une simple variante du scanner. En réalité, il s’agit d’une technique d’imagerie moléculaire permettant de repérer des anomalies invisibles avec les autres appareils. D’où son rôle déterminant dans la prise en charge des cancers, mais aussi dans la détection de certaines pathologies cardiaques et endocriniennes.

Enfin, beaucoup ignorent que l’absence de centre entraîne des retards de diagnostic. Un outil local permettrait non seulement une prise en charge plus rapide, mais aussi une meilleure coordination médicale.

L’arrivée de ce centre marque une étape majeure pour la santé en Guyane. Et si le chemin fut long, le résultat pourrait transformer durablement la manière dont les Guyanais accèdent aux soins spécialisés. Il reste maintenant à suivre son implantation, qui pourrait ouvrir la voie à d’autres avancées médicales dans le département.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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