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Montagne Pelée : ce gonflement discret observé au sommet inquiète les volcanologues

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Au sommet de la Montagne Pelée, les instruments ont détecté un mouvement trop faible pour être visible à l’œil nu. Pourtant, ce changement mesuré sur plusieurs mois mérite toute l’attention des volcanologues.

Il ne signifie pas qu’une éruption est imminente. Il révèle en revanche que des phénomènes profonds continuent de transformer lentement l’intérieur du volcan martiniquais.

Pourquoi cette évolution est suivie avec autant d’attention

La Montagne Pelée n’est pas un volcan silencieux au sens scientifique du terme. Son activité sismique s’est renforcée depuis 2019, ce qui a conduit les équipes de surveillance à observer son évolution avec une vigilance particulière.

Depuis le 4 décembre 2020, le volcan est maintenu au niveau de vigilance jaune. Ce niveau indique une activité volcanique plus marquée que l’état normal, sans annoncer pour autant une éruption à très court terme.

L’Observatoire volcanologique et sismologique de la Martinique, l’OVSM-IPGP, assure une surveillance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les scientifiques ne recherchent pas un seul signal spectaculaire. Ils analysent plutôt l’évolution conjointe de la sismicité, des gaz, des eaux et des déformations du sol.

Depuis 2019, les observations montrent de nombreux séismes volcano-tectoniques. La plupart sont de faible énergie et peu profonds. Ces vibrations traduisent généralement de petites ruptures dans les roches, sous l’effet de contraintes internes.

Mais les données ont aussi mis en évidence des signaux plus révélateurs de mouvements de fluides. C’est précisément là que le gonflement récent du sommet prend tout son sens.

Le gonflement mesuré au sommet traduit une mise sous pression

Le phénomène qui retient l’attention est un faible gonflement du sommet, détecté par des capteurs GNSS. Ces appareils fonctionnent comme des GPS de très haute précision et permettent de mesurer d’infimes déplacements du terrain.

La Montagne Pelée possède une dizaine d’antennes GPS. Elles peuvent repérer des mouvements progressifs, imperceptibles pour les habitants ou les visiteurs, mais essentiels pour comprendre la dynamique du sous-sol.

Une première phase de déformation a été observée entre la mi-2021 et la fin de 2022. Selon l’OVSM, ce gonflement a repris en septembre 2025, puis son rythme est devenu plus élevé à partir de la fin avril 2026.

L’interprétation privilégiée est celle d’une source de pressurisation localisée dans le système hydrothermal. Sous un volcan, ce système rassemble des eaux chauffées, de la vapeur et des gaz qui circulent dans les fissures et les roches poreuses.

Lorsque ces fluides remontent ou s’accumulent, la pression peut augmenter. Elle peut alors pousser très légèrement les terrains situés au-dessus, provoquant une déformation du sommet. Cette pressurisation pourrait être liée à la remontée de fluides hydrothermaux et, possiblement, de fluides magmatiques depuis les profondeurs du système magmatique.

Il peut s’agir de gaz ou d’eaux hydrothermales. Ce constat reflète une réactivation toujours en cours en juin 2026, avec des fluctuations d’un mois à l’autre. Reste à comprendre comment les autres indices confirment cette activité interne.

Les instruments qui permettent de surveiller la Montagne Pelée

La surveillance volcanologique repose sur plusieurs outils complémentaires. Aucun ne permet, à lui seul, de prévoir une éruption. C’est le croisement des mesures qui permet aux scientifiques d’évaluer une tendance.

  • Les sismomètres enregistrent les faibles vibrations du sol associées aux séismes.
  • Les antennes GPS et capteurs GNSS mesurent les déformations lentes de l’édifice volcanique.
  • Les prélèvements d’eau permettent de suivre l’évolution des fluides issus des sources thermales.
  • Les observations de dégazage renseignent sur la circulation du dioxyde de carbone et d’autres fluides.

Les signaux sismiques enregistrés depuis 2019 sont variés. L’OVSM mentionne des séismes de type trémor, hybrides et longue période superficiels. Ils témoignent de mouvements de fluides sous pression dans le système hydrothermal.

Des séismes hybrides et longue période plus profonds sont également détectés. Ils sont localisés entre 15 et 40 kilomètres de profondeur, dans les environs de l’édifice volcanique. Ils peuvent signaler des circulations de fluides magmatiques en profondeur.

Le terme « hybride » désigne un signal possédant des caractéristiques intermédiaires. Les signaux de longue période, eux, sont souvent associés aux déplacements de fluides dans des conduits ou des fractures. Le trémor correspond davantage à une vibration plus continue.

En parallèle, les scientifiques surveillent les sources thermales. Pour l’instant, la température et le pH, qui mesure l’acidité, ne montrent aucune variation significative. C’est une information importante, mais elle ne suffit pas à annuler les autres signaux détectés.

Cette approche globale permet de distinguer une simple variation ponctuelle d’une évolution plus durable. D’autres traces visibles dans l’environnement complètent encore le tableau.

Végétation fragilisée et bulles en mer : les signes du dégazage

Depuis 2019, les experts de l’OVSM ont remarqué une dégradation de certaines zones de végétation sur le flanc sud-ouest de la Montagne Pelée. Cette altération constitue un indice de dégazage diffus de CO2 par le sol.

Le dioxyde de carbone peut s’échapper sans former de panache spectaculaire. En traversant les sols, il modifie localement les conditions nécessaires à la croissance des plantes. Une végétation fragilisée peut donc aider à repérer des zones où les gaz remontent.

Une autre zone de dégazage a été identifiée en mer, au nord de Saint-Pierre. À certains endroits, des bulles de CO2 peuvent être aperçues à la surface de l’eau.

Cette zone marine fait l’objet d’une surveillance attentive menée avec le Parc naturel marin de Martinique. Le suivi en mer est indispensable, car un système volcanique ne s’arrête pas aux limites visibles du relief.

Indice observéCe qu’il peut révéler
Séismes volcano-tectoniques superficielsDe petites ruptures de roche liées aux contraintes internes
Trémors et signaux longue période superficielsDes mouvements de fluides sous pression dans le système hydrothermal
Séismes entre 15 et 40 km de profondeurUne possible circulation de fluides magmatiques en profondeur
Gonflement du sommetUne pressurisation localisée sous l’édifice
Dégazage de CO2 à terre et en merLa remontée diffuse de gaz depuis le sous-sol

Ces indices ne doivent pas être lus séparément. Leur accumulation explique pourquoi les volcanologues parlent d’une réactivation, tout en restant prudents sur son évolution réelle.

Ce que signifie concrètement le niveau de vigilance jaune

Le niveau d’alerte reste jaune. L’OVSM souligne que la probabilité d’une activité éruptive à court terme demeure faible. Il ne s’agit donc pas d’un signal annonçant une éruption imminente.

Les scientifiques précisent toutefois qu’ils ne peuvent pas exclure une évolution à moyen terme. Cette période peut correspondre à des semaines, des mois ou des années. En volcanologie, une reprise d’activité peut connaître des accélérations, des ralentissements ou des phases de stabilité.

Le gonflement n’est pas une preuve automatique qu’un magma va atteindre la surface. Il peut aussi refléter la circulation et la mise sous pression d’eaux chaudes et de gaz dans le système hydrothermal.

À l’inverse, l’absence actuelle de variation notable dans les sources thermales ne suffit pas à conclure que le volcan est inactif. C’est pourquoi les paramètres sont enregistrés en continu et interprétés ensemble.

Les autorités et les organismes scientifiques se préparent également à différents scénarios. Des exercices grandeur nature ont ainsi été organisés sur le territoire les 29 et 30 avril 2026.

Les erreurs à éviter face à ces observations

La première erreur consiste à confondre vigilance jaune et alerte éruptive. Le niveau jaune appelle à suivre l’information officielle, pas à tirer des conclusions hâtives à partir d’une image, d’une rumeur ou d’un séisme ressenti.

Il faut aussi éviter de réduire le phénomène au seul gonflement du sommet. Les volcanologues examinent simultanément la sismicité, les données GNSS, le dégazage, l’état de la végétation et la chimie des eaux.

Enfin, le terme « discret » ne veut pas dire négligeable. Une déformation faible peut être scientifiquement importante lorsqu’elle s’inscrit dans une série de mesures cohérentes, observées sur la durée.

Pour les habitants comme pour les visiteurs, le bon réflexe reste de consulter les communications de l’OVSM-IPGP et des autorités. La Montagne Pelée est étroitement surveillée, et c’est la continuité de ce suivi qui permettra de détecter toute évolution significative.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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