Dans le Sud de la Martinique, le retour de véhicules connus de nombreux usagers répond à une urgence très concrète. Quand les transports publics ne circulent plus, se déplacer pour travailler, étudier ou effectuer une démarche devient vite compliqué. Cette présence reste pourtant provisoire, alors que les chauffeurs espèrent un cadre durable.
Pourquoi le retour des taxis collectifs compte autant dans le Sud
L’absence de service public de transport dans le Sud remet les taxis collectifs, aussi appelés taxicos, au premier plan. Ils assurent une solution immédiate aux voyageurs privés de liaisons pour rejoindre les communes du Sud ou se rendre vers Fort-de-France.
Cette situation rappelle le rôle qu’ils tenaient avant l’application d’un système de transport unique. Les taxis collectifs transportaient alors des passagers entre les communes. Leur présence sur les routes constituait une option de mobilité identifiée par les habitants.
Pour les usagers, une interruption de réseau ne se résume pas à un bus manquant. Elle peut empêcher un salarié d’arriver à son poste, compliquer un rendez-vous ou isoler des personnes sans véhicule personnel. Dans ce contexte, chaque solution disponible prend une valeur particulière.
Le sujet dépasse donc le dépannage ponctuel. Les professionnels demandent que leur activité puisse retrouver une place officielle dans l’organisation des déplacements, au lieu de ne réapparaître qu’en période de crise. Mais l’équilibre économique reste le point le plus sensible.
Le tarif du BHNS à 2,10 euros a fragilisé les taxicos
Selon Richard Marie-Reine, représentant des taxis collectifs, le recul de la profession est lié à l’arrivée d’une offre moins chère. Le bus à haut niveau de service, ou BHNS, a proposé un trajet à 2,10 euros, un prix qui a attiré les usagers.
Pour ce professionnel, cette concurrence tarifaire a profondément réduit la fréquentation des taxis collectifs. Il estime que le prix inférieur du BHNS a fini par faire disparaître de nombreux taxicos des routes martiniquaises.
Son constat porte sur une difficulté simple : un transport collectif ne peut fonctionner longtemps si les passagers choisissent massivement une offre moins coûteuse. Les chauffeurs doivent pourtant assumer leur véhicule, le carburant, l’entretien et leur temps de travail.
Richard Marie-Reine demande donc aux autorités de trouver une formule tarifaire permettant aux taxis collectifs de reprendre une activité viable. L’enjeu n’est pas d’opposer les modes de transport, mais de déterminer dans quelles conditions ils peuvent coexister.
Il avance qu’environ 200 chauffeurs seraient encore en mesure d’assurer des transports de passagers dans l’ensemble de la Martinique. Dans le Sud, un peu plus d’une dizaine de chauffeurs disposeraient toujours de droits commerciaux. Reste à savoir comment organiser ce potentiel sans reproduire les fragilités précédentes.
Une reprise officielle dépendrait d’un cadre clair et durable
La demande des taxicos ne vise pas seulement une autorisation informelle lors des pannes de réseau. Les chauffeurs souhaitent un retour officiel, avec des règles connues pour les passagers, les communes et les professionnels.
Une reprise durable supposerait d’abord de définir les dessertes concernées. Les liaisons du Sud, les horaires de circulation, les points de prise en charge et les conditions d’exploitation devraient être identifiés avec précision.
| Point à encadrer | Pourquoi il est décisif |
|---|---|
| Tarification | Elle doit permettre aux usagers de se déplacer tout en assurant une activité viable aux chauffeurs. |
| Dessertes | Les communes et les trajets couverts doivent répondre aux besoins réels pendant les interruptions de réseau. |
| Droits commerciaux | Ils déterminent quels chauffeurs peuvent exercer légalement leur activité. |
| Coordination avec le réseau public | Elle éviterait que les taxicos ne soient mobilisés uniquement dans l’urgence. |
Roberto Rose Antoinette, chauffeur de taxi collectif à Ducos, juge l’idée favorable à la fois pour la population et pour les chauffeurs qui manquent de passagers. Il appelle toutefois à un encadrement solide, afin que le service puisse reprendre comme auparavant.
Son propos souligne une réalité : les grèves et les interruptions de transport créent des besoins immédiats. Un dispositif préparé à l’avance pourrait éviter que les voyageurs dépendent uniquement d’une réponse provisoire. La question des itinéraires devient alors centrale.
Ce que les autorités pourraient concrètement préparer
À ce stade, le retour des taxis collectifs évoqué par les chauffeurs reste une demande. Aucune nouvelle grille officielle de dessertes ou de prix n’est annoncée. La démarche la plus utile consisterait donc à transformer cette capacité existante en solution lisible.
- Recenser les chauffeurs disponibles : l’estimation de 200 conducteurs à l’échelle martiniquaise donne un premier point d’appui pour mesurer l’offre mobilisable.
- Identifier les détenteurs de droits commerciaux : dans le Sud, un peu plus d’une dizaine de chauffeurs seraient concernés, ce qui permettrait de clarifier les possibilités immédiates.
- Définir les liaisons prioritaires : les dessertes devraient d’abord relier les zones privées de transport public et les pôles de déplacement essentiels.
- Établir une formule tarifaire : elle répondrait directement à la demande de Richard Marie-Reine, après l’effet du tarif BHNS fixé à 2,10 euros.
- Informer les voyageurs : horaires, tarifs, lieux de départ et destinations doivent être connus, surtout lors d’une interruption soudaine du réseau.
Ce type d’organisation ne remplacerait pas automatiquement le réseau public. Il offrirait cependant une réponse identifiable lorsque celui-ci est absent, tout en donnant aux taxicos une place plus stable que celle d’un simple recours d’urgence.
La question est d’autant plus pressante que les partenaires du transport public sont eux-mêmes confrontés à une crise financière. Une réunion d’urgence a été organisée le mardi 28 juillet à la CACEM, avant la rentrée scolaire.
Fort-de-France, les communes du Sud et l’enjeu de la fréquentation
Richard Marie-Reine associe aussi le retour des taxis collectifs à la redynamisation du centre-ville de Fort-de-France. Selon lui, lorsque les taxis circulaient davantage, les habitants se rendaient plus facilement dans la capitale martiniquaise.
Il considère qu’avec le système de transport mis en place ensuite, cette fréquentation a diminué. Cette appréciation reflète l’attachement de certains professionnels à un modèle de déplacement plus direct entre les communes et le centre-ville.
Le débat ne porte donc pas uniquement sur les trajets du Sud. Il concerne aussi les habitudes de mobilité, l’accès aux commerces, aux services et aux lieux de travail de Fort-de-France. Les taxicos peuvent être perçus comme un lien entre des communes et un pôle urbain majeur.
Leur format collectif impose néanmoins une organisation compréhensible. Un usager doit pouvoir savoir où monter, quelle destination est desservie et quel montant il devra payer. Sans cette lisibilité, le retour des chauffeurs resterait difficile à pérenniser.
La complémentarité recherchée doit surtout éviter une nouvelle opposition frontale avec une offre publique moins chère. C’est précisément là que les choix tarifaires et la coordination institutionnelle prennent toute leur importance.
Ce qu’il faut surveiller avant une reprise durable
Le premier piège serait de confondre le retour actuel avec une reprise déjà acquise. Les taxis collectifs sont davantage présents parce que le réseau public est absent dans le Sud. Leur retour au-devant de la scène demeure provisoire.
Le second serait de réduire le débat au seul prix du billet. Le tarif est déterminant, comme l’a montré l’attractivité du BHNS à 2,10 euros. Mais les droits commerciaux, les dessertes et l’information des voyageurs comptent également.
Enfin, la crise du transport public ne peut être ignorée. Les partenaires réunis à la CACEM doivent faire face à des finances décrites comme exsangues et à plus de 50 millions d’euros d’impayés. Des solutions sont attendues avant la fin du mois d’août.
Pour les habitants du Sud, l’urgence reste de pouvoir se déplacer sans attendre la prochaine crise. Si une formule officielle est trouvée, les taxis collectifs pourraient redevenir une réponse organisée plutôt qu’un recours temporaire.




