À l’approche de Pointe-à-Pitre, la tension monte sur l’Atlantique. Entre dépressions, rafales violentes, avaries et fatigue accumulée, les marins guadeloupéens engagés livrent une bataille qui dépasse largement le classement.
Certains jouent la victoire, d’autres le podium ou simplement la possibilité de poursuivre. Tous avancent avec la Guadeloupe en ligne de mire, malgré une mer qui ne laisse aucun répit.
Sept skippers guadeloupéens encore engagés dans une course éprouvante
Le point de situation du samedi 7 novembre est clair : les sept skippers guadeloupéens au départ sont encore officiellement en course. L’arrivée du premier concurrent se profile déjà à Pointe-à-Pitre, mais la traversée reste très différente selon les classes.
David Ducosson est immobilisé en Espagne, où il répare encore son bateau. Les six autres marins naviguent toujours vers la Guadeloupe, dans des conditions qui imposent une vigilance constante.
La Route du Rhum ne se résume jamais à une simple course de vitesse. Le solitaire doit gérer le routage météo, les manœuvres, le sommeil, l’état du bateau et les incidents techniques. Une dépression peut modifier un classement en quelques heures.
Cette édition met particulièrement en lumière la diversité des défis. Damien Seguin domine sa catégorie sur un trimaran vintage. Thibaut Vauchel-Camus se bat au sommet des Ocean Fifty. Les quatre autres représentants guadeloupéens affrontent encore le Nord de l’Atlantique en Class40.
Les écarts, la météo et les incidents mécaniques laissent donc toutes les options ouvertes. Mais les performances déjà réalisées donnent une idée de l’intensité de cette traversée.
Damien Seguin et Thibaut Vauchel-Camus portent les plus grandes ambitions
Damien Seguin occupe la tête des vintage multi depuis plusieurs jours. À bord de son trimaran de légende, désormais nommé Arkéa Handicap International, le skipper guadeloupéen réalise un début de course particulièrement solide.
Il a franchi une première dépression avec maîtrise et doit désormais se préparer à l’arrivée d’un second épisode perturbé. Les images envoyées depuis le bord montrent une mer formée et des conditions soutenues, sans ralentir sa volonté d’aller chercher la victoire.
Sa marge reste toutefois à défendre. Éric Péron navigue à sa poursuite, à environ 130 milles nautiques, soit près de 250 kilomètres. Dans une course océanique, cet écart offre une avance, mais il ne garantit rien face aux options de route et aux changements de vent.
Thibaut Vauchel-Camus est, lui, le premier Guadeloupéen au classement de la flotte globale. Son Ocean Fifty lui a permis de reprendre la deuxième place de sa classe, au contact de Basile Bourgnon.
Le skipper, à la fois guadeloupéen et malouin, a choisi une route plus septentrionale que plusieurs concurrents. Ce choix tactique a porté ses fruits et lui permet de rester pleinement engagé dans la lutte pour le podium. La suite dépendra cependant de sa capacité à conserver de la vitesse sans trop solliciter son multicoque.
À bord des Ocean Fifty, la vitesse se paie au prix de l’inconfort
Après six jours de navigation, Thibaut Vauchel-Camus a livré un témoignage concret sur Instagram au lever du jour, samedi 7 novembre. Son récit traduit la réalité physique d’une course à haute vitesse sur un Ocean Fifty.
Il évoluait alors dans des rafales atteignant 37 nœuds. Le marin évoquait un bateau qui bouge sans arrêt, des manœuvres répétées et une ambiance sonore particulièrement éprouvante dans la coque.
Il décrivait une navigation très inconfortable, avec un bateau secoué et des chocs violents dans la mer. Malgré cette situation impressionnante, le skipper se disait satisfait d’avancer vite et rassuré de constater que son bateau n’avait pas été mis en danger.
- Classe : Ocean Fifty
- Position : deuxième de sa catégorie
- Leader à poursuivre : Basile Bourgnon
- Rafales signalées : jusqu’à 37 nœuds
- Écart entre les cinq premiers : 170 nœuds maximum selon le point de course
- Arrivée estimée de Thibaut Vauchel-Camus : mardi 10 novembre, à la mi-journée
- Arrivée estimée de Basile Bourgnon : mardi 10 novembre, au petit matin
Cette régate Ocean Fifty promet donc une arrivée très disputée. Les cinq premiers sont regroupés dans un faible écart à l’échelle d’une traversée transatlantique, ce qui rend chaque empannage, chaque grain et chaque décision météo déterminants.
La priorité reste pourtant la même pour les skippers : préserver le bateau. Car à cette vitesse, le moindre problème matériel peut coûter beaucoup plus cher que quelques milles perdus.
Les quatre Class40 guadeloupéens affrontent encore le Nord de l’Atlantique
Les représentants guadeloupéens en Class40 n’ont pas encore atteint la mi-course. Ils évoluent toujours loin au nord de l’Atlantique, autour de la première dépression, avec un travail de routage essentiel pour éviter les zones les plus pénalisantes.
Kéni Piperol, à bord de Drépavoile, est remonté à la 20e position. Il s’apprête à profiter d’un courant favorable, une opportunité précieuse dans une classe où les gains se construisent aussi sur de petits détails.
Le skipper a aussi connu une parenthèse plus douce vendredi au coucher du soleil. Durant une accalmie, il a navigué aux côtés de dauphins. Ces instants ne changent pas la stratégie, mais ils rappellent la dimension singulière de la navigation en solitaire.
Ulysse Pozzoli, skipper de Renovatec Sailing Team, tient la 30e place. Dans son message du samedi matin, il évoquait une nuit engagée au large, avec jusqu’à 40 nœuds de vent et une mer bien formée.
Malgré ces conditions, tout s’est bien déroulé à bord. Il reconnaissait que la fatigue commençait à peser, tout en assurant conserver la forme et le moral. Son objectif restait simple : maintenir la glisse et faire route droit vers la Guadeloupe.
| Skipper | Classe ou bateau | Situation signalée |
|---|---|---|
| Damien Seguin | Vintage multi, Arkéa Handicap International | Leader, avec Éric Péron à 130 milles nautiques |
| Thibaut Vauchel-Camus | Ocean Fifty | Deuxième de classe et premier Guadeloupéen de la flotte globale |
| Kéni Piperol | Class40, Drépavoile | 20e, en approche d’un courant favorable |
| Ulysse Pozzoli | Class40, Renovatec Sailing Team | 30e, après une nuit avec jusqu’à 40 nœuds |
| Yanick Rebuffat | Class40 | 39e, au cœur de la dépression |
| Rodolphe Sepho | Class40 | 41e, confronté à un sérieux problème de mât |
Le classement ne raconte toutefois pas tout. Dans une Class40, la résistance du marin et la fiabilité du gréement peuvent compter autant que la vitesse moyenne.
Routage, fatigue et solidarité : les détails qui peuvent encore changer la course
Yanick Rebuffat occupe la 39e place des Class40. Son objectif consiste à profiter de chaque mille parcouru pour améliorer son placement sur le routage. Cette stratégie est essentielle lorsqu’un skipper entre dans une zone dépressionnaire.
Après une nuit qualifiée de sportive, il se retrouvait au cœur de la dépression. Une alarme s’est également fait entendre à bord au moment où il croisait Alegria, le bateau de Jean Le Cam.
Les deux marins suivent des trajectoires proches. Yanick Rebuffat espère pouvoir partager un verre avec Jean Le Cam à l’arrivée, une phrase qui rappelle l’esprit de solidarité existant entre concurrents, même en pleine bataille océanique.
En mer, les concurrents utilisent les fichiers météo, le routage et les performances du bateau pour choisir leur trajectoire. Mais une route théoriquement idéale doit toujours être adaptée à la fatigue, à l’état de la mer et à la capacité réelle du skipper à manœuvrer seul.
Les Class40, monocoques de 40 pieds, demandent une gestion fine de la voilure. Réduire trop tard peut mettre le bateau sous tension. Réduire trop tôt peut faire perdre de précieux milles. C’est cette balance qui transforme la course en épreuve d’endurance autant qu’en duel tactique.
Le combat de Rodolphe Sepho rappelle que finir reste déjà une performance
Rodolphe Sepho navigue à la 41e place, mais son classement passe au second plan. Son équipe a signalé un très sérieux problème au niveau du mât, contre lequel il lutte depuis plus de 36 heures pour éviter l’abandon.
Le skipper a dû monter plusieurs fois au mât malgré une mer très formée. Cette intervention, particulièrement risquée en solitaire, lui a causé plusieurs chocs aux bras et sur d’autres parties du corps.
Très fatigué après ces efforts, il doit désormais se reposer avant d’entrer dans une seconde dépression annoncée dans les prochaines heures. Son bateau reste endommagé, ce qui impose une prudence maximale.
Une avarie de mât ne se traite jamais à la légère. Le gréement porte les voiles et subit des forces considérables dans les rafales. Continuer nécessite donc d’évaluer sans cesse le risque, la sécurité personnelle et les chances réelles de rallier Pointe-à-Pitre.
Pour les skippers guadeloupéens, la route reste longue, mais la détermination est intacte. Chaque mille gagné vers la Guadeloupe sera désormais le résultat d’un choix précis, d’une manœuvre réussie et d’une formidable résistance mentale.




