Saint-Laurent-du-Maroni : au lycée Lumina Sophie, la diversité culturelle s'affiche avec fierté et éclat
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Saint-Laurent-du-Maroni : au lycée Lumina Sophie, la diversité culturelle s’affiche avec fierté et éclat

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Le gymnase d’un lycée qui se transforme en mosaïque vivante, des centaines d’élèves qui défilent dans des tenues éclatantes, un enthousiasme qui envahit chaque couloir. À Saint-Laurent-du-Maroni, cet instant suspendu n’a duré qu’une matinée, mais son énergie a semblé porter bien plus loin. Impossible, en voyant ces scènes, de ne pas se demander comment une telle effervescence s’est installée aussi naturellement au cœur du lycée Lumina Sophie.

Avant d’expliquer ce qui rend cet événement si unique, un point intrigue vraiment : comment une initiative partie d’une simple idée anonyme a-t-elle pu fédérer autant d’élèves et devenir un rendez-vous incontournable en seulement deux ans ?

Une journée pas comme les autres et un enjeu bien réel

Dans un établissement où cohabitent des élèves issus d’une multitude de communautés culturelles, la question de la représentation est essentielle. Le lycée Lumina Sophie en compte près de 1 200, dont beaucoup revendiquent des origines créoles, amérindiennes, bushinenguées, haïtiennes, africaines, espagnoles, brésiliennes ou encore portugaises. Une diversité qui se voit au quotidien, mais qui ne s’exprime pas toujours pleinement.

La journée interculturelle répond précisément à ce besoin. Elle permet aux lycéens de montrer ce qu’ils sont, ce qu’ils portent dans leur histoire familiale, ce qu’ils veulent partager. Lors de cette deuxième édition, environ 700 élèves ont participé, un chiffre impressionnant qui témoigne d’une adhésion massive. Les cours, banalisés de 10h30 à 12h00, ont laissé place à une parenthèse vivante où la musique, les danses et les costumes traditionnels prenaient le dessus.

L’édition précédente avait déjà suscité un engouement notable, mais la formule s’est encore affinée : un gymnase plus grand, cinq à six groupes de danse uniquement composés d’élèves, et surtout la présence d’un DJ financé grâce aux actions de la Maison des lycéens. Ce cadre repensé montre combien cet événement est devenu stratégique pour l’établissement, tant sur le plan pédagogique que social.

Et pourtant, malgré cette organisation solide, une question demeure : qu’est-ce qui a déclenché cette dynamique collective si vibrante ?

L’ingrédient central : une idée venue des élèves eux-mêmes

Là où beaucoup d’événements scolaires sont pensés « par le haut », celui-ci est né d’une petite boîte à idées posée discrètement à la vie scolaire. Il y a deux ans, l’assistante d’éducation Fredline Hunswijk y voit défiler des suggestions déposées anonymement par des élèves souvent timides. Parmi elles, une idée simple et puissante : organiser une journée où chacun pourrait représenter sa culture.

Ce geste anodin s’est transformé en moteur collectif. Parce que l’idée venait d’eux, les lycéens se l’approprient totalement. Dès septembre 2025, l’organisation de cette deuxième édition démarre. Les élèves questionnent, relancent, demandent la date. « Depuis septembre, on cherche la date », confie Lindsay, élève en première générale et très impliquée dans la Maison des lycéens et le Conseil de la vie lycéenne. Pour elle, cette journée est « la plus belle de toute l’année ».

Et les faits le prouvent. Le matin même, les couloirs s’animent bien avant l’ouverture officielle. Certains arrivent déjà vêtus de leurs tenues traditionnelles. D’autres s’envoient des messages dès la veille pour se coordonner. L’événement commence avant même qu’il ne commence réellement.

D’un simple papier glissé dans une boîte, cette initiative est devenue un acte fort, un moment où chacun peut se révéler tel qu’il est. Mais pour comprendre son impact réel, encore faut-il observer comment elle s’incarne concrètement.

Un kaléidoscope vivant dans le gymnase du lycée

Lorsqu’on parle de diversité culturelle, on pense souvent à une idée abstraite. Au lycée Lumina Sophie, elle se matérialise très clairement. Ce 29 avril, le gymnase s’est transformé en scène géante où se succèdent :

  • des tenues traditionnelles de Guyane
  • des costumes haïtiens richement colorés
  • des tissus et motifs africains, notamment camerounais et éthiopiens
  • des parures amérindiennes ornées de plumes
  • des motifs bushinengués aux géométries distinctives
  • des robes brésiliennes éclatantes

Les élèves défilent, dansent, chantent, sourient. Les groupes de danse, habituellement timides, osent cette fois se produire devant un public dense. Fredline Hunswijk avoue d’ailleurs que ce courage est ce qui l’a le plus marquée. La présence du DJ, nouveauté financée grâce aux ventes hebdomadaires de pâtisseries et boissons par la MDL, dynamise encore davantage l’événement.

Les mobilisés ne sont pas seulement ceux qui montent sur scène. Même des élèves sanctionnés ont demandé – parfois supplié – à pouvoir assister à la célébration. La journée interculturelle devient un lieu où l’on veut être, un moment que l’on refuse de manquer.

Une fois cette effervescence installée, se pose alors la question centrale : comment faire de cet enthousiasme un levier durable pour l’établissement ?

Une organisation qui évolue et gagne en professionnalisme

Pour cette deuxième édition, l’équipe a tiré des enseignements du passé. Le choix du gymnase, bien plus vaste, résout le problème d’espace rencontré l’an dernier. En revanche, cette amplitude met en lumière une nouvelle difficulté : l’encadrement. « Le personnel est beaucoup moins nombreux, c’était beaucoup plus vaste à gérer », reconnaît Fredline Hunswijk.

Autre évolution majeure : les groupes de danse sont désormais exclusivement composés d’élèves du lycée. Un choix assumé, qui renforce l’appartenance et la fierté interne. L’implication de la Maison des lycéens dans le financement montre aussi une montée en autonomie des jeunes. Les ventes de gâteaux et boissons, réalisées chaque semaine, ont permis de financer les décorations et le DJ, améliorant sensiblement l’expérience globale.

Ces ajustements témoignent d’une volonté d’améliorer l’événement année après année. Une démarche logique, car ce rendez-vous n’est plus anecdotique. Il structure désormais la vie de l’établissement. Mais pour aller encore plus loin, certaines pistes d’amélioration sont déjà identifiées.

Des idées pour renforcer encore l’impact de l’événement

Les organisatrices envisagent plusieurs améliorations. L’encadrement devra être renforcé pour que l’augmentation de l’espace ne devienne pas un frein. Une communication plus soutenue est aussi envisagée. Les flyers, par exemple, pourraient encourager les élèves les plus réservés à participer ou à monter sur scène.

L’objectif n’est pas de transformer l’événement en spectacle figé, mais de faciliter l’expression de toutes les identités présentes. La Guyane est une terre où cohabitent depuis longtemps diverses communautés, et le lycée en est un reflet fidèle. Renforcer la participation, c’est donc aussi renforcer la cohésion sociale.

On peut aussi imaginer, sans sortir du cadre existant, des enrichissements futurs : ateliers participatifs, présentations culinaires, expositions de photographies anciennes, ou encore mise en lumière de la diversité linguistique, des langues créoles aux parlers amérindiens. Ces extensions possibles s’inscriraient naturellement dans la dynamique actuelle.

Mais avant de rêver trop loin, un constat s’impose : quelques pièges restent à éviter pour ne pas diluer l’essence de cet événement.

Les écueils à connaître pour préserver la magie de la journée

Un premier risque réside dans la perte de repères si l’espace continue de s’agrandir sans que l’encadrement ne suive. La sécurité et la fluidité des déplacements doivent rester une priorité. Un second point concerne l’authenticité. L’événement tire sa force du fait qu’il est porté par les élèves eux-mêmes. Trop d’interventions extérieures pourraient affaiblir cette identité.

Enfin, la communication devra éviter d’exclure certains groupes. Dans un établissement aux identités multiples, il est crucial que chaque communauté se sente invitée, représentée et valorisée, même si elle est minoritaire numériquement.

L’essentiel reste de préserver l’esprit initial : un espace où l’on montre qui l’on est, sans jugement, dans la bienveillance et la fierté partagée.

L’événement reviendra l’an prochain, et l’ambition est claire : faire encore mieux. Mais au-delà des tenues, des danses ou du DJ, ce qui restera surtout, c’est ce sentiment de vivre ensemble, le temps d’une matinée, une Guyane miniature où chaque culture compte autant que les autres.

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Written by
Amandine

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