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Sécheresse en Martinique : les élus exigent une aide de l’État pour éviter l’effondrement de l’agriculture locale

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Près de 250 bovins déjà morts, des pâturages épuisés et des exploitations dont la trésorerie se tend chaque jour : la sécheresse place l’agriculture martiniquaise face à une urgence concrète. Les annonces nationales de soutien donnent un espoir, mais elles ne répondent pas encore à une question décisive pour l’île.

Les dispositifs prévus pour les agriculteurs de l’Hexagone pourront-ils réellement protéger les éleveurs et producteurs martiniquais ? Les élus locaux demandent désormais une réponse immédiate, spécifique et durable.

Une sécheresse précoce qui fragilise déjà les exploitations martiniquaises

La situation est qualifiée de « précoce et sévère ». En Martinique, les effets ne se limitent pas à une baisse des rendements agricoles : ils frappent directement les élevages, les cultures et les capacités de production futures.

La mission d’enquête sur la sécheresse a constaté plusieurs dégâts sur le terrain. La Collectivité territoriale de Martinique, ou CTM, évoque des retards dans le développement des cultures, une absence de floraison sur certains arbres et des sols très secs.

Le constat concerne même des secteurs irrigués. Cela souligne que l’irrigation existante ne suffit pas toujours à compenser une sécheresse prolongée, notamment lorsque les ressources en eau deviennent elles-mêmes sous pression.

Dans les élevages, le problème est encore plus immédiat. La Codem, qui rassemble des éleveurs, recense près de 250 bovins morts sur un cheptel estimé à environ 8 000 têtes.

Sans pluie, les pâturages ne produisent plus assez d’herbe. Nourrir et abreuver les animaux devient alors une préoccupation quotidienne, avec des coûts qui s’accumulent pour des exploitations souvent de petite taille.

Une opération d’urgence a déjà permis d’acheminer plus de quinze tonnes de bananes vers les élevages. Réalisée grâce au partenariat entre Banamart et la Codem, elle a bénéficié d’un soutien financier de l’État. Mais cette aide alimentaire ne peut être qu’un premier filet de sécurité.

Car une fois un troupeau décimé, il ne suffit pas de distribuer du fourrage pendant quelques jours. Il faut aussi financer la reconstitution des animaux, relancer l’activité et sécuriser l’avenir des exploitations.

Les annonces du gouvernement pour le budget 2027 suscitent autant d’espoir que de questions

Dans une lettre ouverte publiée le samedi 15 août, le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé que le projet de loi de finances pour 2027 comprendrait des mesures de soutien et d’investissement pour l’agriculture. Le texte doit être présenté à la fin du mois de septembre.

Le gouvernement promet une réponse « rapide et forte » face aux sécheresses qui touchent plusieurs territoires français. Des enveloppes ciblées doivent être confiées aux préfets afin d’aider les exploitations à préserver leur trésorerie et à remettre leur production en route.

Le dispositif public d’indemnisation des pertes doit aussi être « armé autant qu’il le faut ». L’objectif affiché est de permettre aux agriculteurs sinistrés de faire face aux conséquences financières directes de l’épisode climatique.

Plusieurs leviers sont également annoncés pour les exploitations les plus fragiles :

  • des baisses de taxe foncière ;
  • des réductions de cotisations sociales ;
  • un mécanisme de suramortissement fiscal pour les projets d’avenir agricole ;
  • un soutien aux investissements hydrauliques ;
  • des financements destinés à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.

Le suramortissement fiscal doit permettre de déduire davantage d’investissements du résultat imposable. Il peut encourager l’achat d’équipements ou la réalisation de projets, mais son intérêt dépend de la situation économique et fiscale réelle de chaque exploitation.

Or, c’est précisément là que les élus martiniquais alertent. Certains mécanismes construits pour l’Hexagone ne s’appliquent pas dans les mêmes conditions outre-mer. L’annonce nationale ne garantit donc pas automatiquement un soutien équivalent pour la Martinique.

Ce que réclament les parlementaires : une aide immédiate et un traitement égal

Les députés Marcellin Nadeau et Jean-Philippe Nilor ont adressé un courrier commun à la ministre de l’Agriculture, avec copie à la ministre des Outre-mer. Ils demandent une mobilisation immédiate de l’État et des mesures exceptionnelles pour les exploitations touchées.

Les deux parlementaires soulignent que des moyens importants ont été engagés pour indemniser les agriculteurs victimes de la sécheresse dans l’Hexagone. Ils réclament donc une réponse d’ampleur comparable pour les professionnels martiniquais.

Leurs demandes visent les besoins les plus urgents des éleveurs :

  • une aide à l’abreuvement des troupeaux ;
  • un soutien à l’achat de fourrages et d’aliments pour les animaux ;
  • une indemnisation des bovins morts à cause de la sécheresse ;
  • une aide pour reconstituer les troupeaux ;
  • des mesures de trésorerie pour les exploitations ;
  • la reconnaissance du caractère exceptionnel de la crise.

Ils réclament également un véritable plan de sécurisation de l’eau agricole. Cet enjeu dépasse l’épisode actuel, car l’accès à l’eau conditionne les pâturages, les cultures vivrières, les vergers et l’ensemble de la production agricole locale.

La députée Béatrice Bellay a aussi saisi les ministres de l’Agriculture et des Outre-mer. Elle demande l’activation des mécanismes d’indemnisation, un soutien exceptionnel pour l’alimentation animale et des précisions sur les aides POSEI.

Le programme POSEI, spécifique aux régions ultrapériphériques de l’Union européenne, peut être affecté par des abattages anticipés. La députée souhaite donc connaître les garanties prévues pour les éleveurs confrontés à cette conséquence dramatique de la sécheresse.

Elle appelle aussi la CTM à déployer un plan d’urgence sécheresse pour l’élevage martiniquais. Les mesures attendues concernent le financement des fourrages, leur acheminement, les opérations de fauche et de transport, ainsi que le soutien à la trésorerie des exploitations les plus fragilisées.

Pourquoi les outils prévus dans l’Hexagone ne répondent pas toujours au cas martiniquais

La sénatrice Catherine Conconne insiste sur un décalage majeur. Dans un courrier envoyé le dimanche 16 août à la ministre de l’Agriculture, elle reconnaît la mobilisation gouvernementale, mais estime que les leviers annoncés sont conçus pour l’Hexagone.

Selon elle, ces outils « s’arrêtent aux portes de nos territoires ». Le principal point de blocage concerne l’indemnisation des pertes climatiques.

L’indemnité de solidarité nationale annoncée par le gouvernement ne couvre pas les agriculteurs martiniquais dans les mêmes conditions. Leurs pertes relèvent d’un régime particulier : le fonds de secours pour l’outre-mer.

Dispositif ou levierSituation évoquée pour la Martinique
Indemnité de solidarité nationaleNe concerne pas les agriculteurs martiniquais selon Catherine Conconne.
Fonds de secours pour l’outre-merRégime spécifique applicable aux pertes climatiques ultramarines.
Assurance récolteQuasi absente du territoire.
EndettementSolution jugée peu adaptée aux petites exploitations.
FEADER, dispositif 73.02-BMobilisable après reconnaissance officielle de la catastrophe naturelle.

Pour la sénatrice, recourir au crédit ne répond pas à la réalité des éleveurs sinistrés. Un professionnel ayant perdu ses animaux doit pouvoir reconstituer son troupeau, et non accumuler une dette supplémentaire.

Elle demande donc que le fonds de secours ultramarin soit abondé à la hauteur de l’effort engagé dans l’Hexagone. Elle souhaite aussi l’intégration d’un volet ultramarin identifié dans le plan gouvernemental et dans les investissements du budget 2027.

Le FEADER peut soutenir la reconstruction, à une condition déterminante

La CTM affirme être prête à agir à travers les fonds européens. En tant qu’autorité de gestion du FEADER, le Fonds européen agricole pour le développement rural, elle indique avoir anticipé la mobilisation du dispositif 73.02-B du Plan stratégique national.

Ce dispositif peut financer la reconstitution du potentiel de production après une catastrophe naturelle. Il peut donc soutenir des dépenses essentielles pour relancer les exploitations touchées.

  • la replantation de cultures détruites ou affaiblies ;
  • le remplacement d’animaux morts ;
  • la reconstruction d’équipements agricoles ;
  • la reconstruction de bâtiments agricoles.

Son activation dépend toutefois d’une étape préalable. L’État doit reconnaître officiellement la catastrophe naturelle par un arrêté préfectoral précisant les périodes, les communes et les filières agricoles concernées.

La CTM appelle donc à accélérer les expertises en cours. Sans cette reconnaissance, le dispositif européen ne peut pas être engagé, alors que les exploitants ont besoin d’un appui rapide pour sauver ce qui peut encore l’être.

Préparer l’agriculture martiniquaise aux prochaines sécheresses

Pour Catherine Conconne, la crise doit servir d’électrochoc. Les épisodes de sécheresse pourraient devenir plus fréquents et plus intenses, ce qui impose de dépasser la seule gestion de l’urgence.

Les investissements annoncés dans le projet de loi de finances pour 2027 devraient donc comporter une ligne spécifiquement ultramarine. L’objectif est de financer une adaptation durable de l’agriculture martiniquaise au changement climatique.

Plusieurs axes sont mis en avant :

  • une stratégie structurée sur l’eau agricole et l’irrigation ;
  • le développement des cultures sous serre ;
  • la production locale et le stockage de fourrages ;
  • la mise à disposition de pâturages pendant les périodes de sécheresse.

La production et le stockage local de fourrage réduiraient la dépendance aux solutions d’urgence. Les cultures sous serre pourraient aussi offrir une meilleure maîtrise de certains besoins en eau, à condition que les infrastructures soient adaptées.

La priorité immédiate reste de sauver les élevages et de soutenir les exploitations fragiles. Mais la reconnaissance rapide de la catastrophe, l’accès aux fonds d’urgence et une stratégie durable sur l’eau détermineront la capacité de la Martinique à préserver son agriculture.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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