Son départ du SMGEAG avait surpris. Sa nouvelle fonction, bien plus stratégique, intrigue tout autant. L’ascension de Marcus Agbekodo vers un poste clé du ministère de la Transition Écologique change la donne, tant pour la Guadeloupe que pour la gouvernance de l’eau en Outre-mer. Et c’est précisément cette évolution professionnelle, chargée d’enjeux publics majeurs, qui mérite d’être mieux comprise.
Un parcours marqué par les défis de l’eau en Guadeloupe
Comprendre l’importance de cette nomination suppose de rappeler le contexte dans lequel évolue Marcus Agbekodo depuis plusieurs années. La gestion de l’eau en Guadeloupe reste l’un des sujets les plus sensibles du territoire. Les difficultés d’approvisionnement, les réseaux vieillissants, les investissements lourds et parfois retardés, mais aussi la crise de confiance entre usagers et institutions, rendent ce domaine particulièrement complexe.
Durant plusieurs années, Marcus Agbekodo a travaillé au sein de l’Office de l’eau de la Guadeloupe, structure rattachée au Conseil départemental. Il y a occupé la fonction de directeur adjoint, au cœur des problématiques liées à la ressource, à la préservation des milieux aquatiques et à la planification des investissements hydrauliques. Son engagement et sa « vision du service public », comme l’ont rappelé ses anciens collaborateurs, ont marqué son passage au sein de l’établissement.
En janvier 2023, il rejoint le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (SMGEAG). Le syndicat, créé pour harmoniser et moderniser la gestion de l’eau et de l’assainissement sur l’archipel, porte des ambitions lourdes, dans un environnement institutionnel parfois instable. Cette période, riche mais tendue, prépare la suite de sa trajectoire. Reste à comprendre comment cette expérience locale ouvre la voie à sa nouvelle fonction nationale.
Un tournant professionnel majeur : son arrivée au ministère
La nomination de Marcus Agbekodo comme inspecteur général au sein du ministère de la Transition Écologique prend effet le 1er juin 2026. C’est un poste stratégique, particulièrement parce qu’il inclut la prise en charge du portefeuille Outre-mer. Ce rôle implique d’évaluer, superviser et orienter des politiques publiques essentielles : gestion de l’eau, adaptation climatique, transition énergétique, biodiversité, infrastructures.
Ce mouvement professionnel intervient un an après son départ du SMGEAG, en avril 2025. À l’époque, sa démission avait marqué les esprits. Dans une lettre adressée au personnel, il expliquait ne pas disposer des moyens nécessaires pour mener à bien les projets stratégiques du syndicat. Parmi les obstacles évoqués, un « climat délétère », une gouvernance fragilisée par la transition de présidence — le départ de Jean-Louis Francisque suivi de l’arrivée de Ferdy Louisy —, et une entité en difficulté : flou comptable, arrêt des versements de subventions de l’État, grève des salariés.
Son départ était donc lié à des conditions de travail complexes et à une impossibilité de mener les réformes qu’il jugeait indispensables. Le voir aujourd’hui au cœur du ministère donne une nouvelle dimension à son expertise. Et c’est précisément ce changement d’échelle qui mérite d’être exploré plus en détail.
Ce que signifie son rôle d’inspecteur général
Assumer la fonction d’inspecteur général au ministère de la Transition Écologique n’est pas anodin. C’est un poste de haut niveau, au sein de l’Inspection générale dédiée à l’environnement, à l’énergie et aux politiques publiques qui s’y rattachent. Concrètement, Marcus Agbekodo sera chargé d’auditer, conseiller et analyser les politiques publiques conduites dans les Outre-mer, mais aussi de contribuer à leur amélioration.
Ce rôle implique plusieurs missions techniques et stratégiques :
- évaluer les dispositifs de gestion de l’eau dans des territoires où la ressource est fragile ;
- analyser les politiques d’assainissement et les infrastructures existantes ;
- accompagner la transition énergétique dans des zones insulaires dépendantes de ressources importées ;
- suivre les actions climatiques, notamment face aux risques cycloniques et à l’érosion côtière ;
- dialoguer avec les collectivités territoriales pour faciliter la mise en œuvre des investissements ;
- faire le lien entre l’État et les opérateurs locaux.
L’expérience acquise en Guadeloupe est directement mobilisable. Les crises rencontrées au SMGEAG, les problématiques historiques du service public de l’eau, les enjeux institutionnels locaux : tous ces éléments constituent un socle concret pour ses nouvelles missions. Mais comprendre comment ces compétences se traduisent sur le terrain national suppose de détailler son parcours plus précisément.
Un parcours façonné par les réalités du terrain ultramarin
Avant de rejoindre le SMGEAG, Marcus Agbekodo a œuvré longtemps à l’Office de l’eau de Guadeloupe. Cet établissement public, rattaché au Conseil départemental, pilote des sujets fondamentaux : gestion des ressources, protection des milieux, observatoires de l’eau, planification des investissements, animation des schémas d’aménagement.
Dans cet environnement, il a exercé le poste de directeur adjoint durant plusieurs années. Son passage a laissé une trace suffisamment forte pour que ses anciens collaborateurs lui adressent un message de soutien après l’annonce de sa nomination ministérielle. Ils saluent son implication et son engagement au service des enjeux de l’eau et de la préservation du territoire.
Arrivé au SMGEAG le 1er janvier 2023, il prend la direction générale déléguée d’un opérateur encore jeune, chargé d’unifier la gestion de l’eau et de l’assainissement en Guadeloupe. Les premiers mois sont marqués par la volonté de structurer le syndicat, d’assainir sa gestion, d’optimiser ses investissements, de renforcer la qualité de service. Mais les tensions internes, les difficultés financières et la crise sociale viennent freiner cette dynamique.
La démission intervient mi-janvier 2025. Le départ effectif, lui, a lieu en avril 2025. Sa lettre aux équipes pointe des difficultés profondes : absence de moyens adaptés, gouvernance instable, climat interne compliqué. Une période de transition institutionnelle suit, alors que Jean-Louis Francisque quitte la présidence et que Ferdy Louisy prend les commandes.
Ces expériences successives lui donnent une connaissance fine des enjeux structurels de l’eau en milieu insulaire. Elles expliquent aussi pourquoi son expertise intéresse aujourd’hui le ministère chargé de l’Écologie, de la Transition énergétique et de l’Environnement.
Les enjeux ultramarins au cœur de ses nouvelles missions
Les Outre-mer représentent un défi particulier pour les politiques de transition écologique. Chacun des territoires, de la Guadeloupe à La Réunion en passant par la Guyane ou Mayotte, cumule des problématiques spécifiques : ressource en eau irrégulière, pression démographique, infrastructures fragiles, dépendance énergétique, risques naturels.
En tant qu’inspecteur général chargé notamment des Outre-mer, Marcus Agbekodo devra naviguer entre ces différents contextes. Plusieurs dossiers structurants l’attendent :
- modernisation des réseaux d’eau potable dans les territoires insulaires ;
- renforcement de l’autonomie énergétique, notamment via les énergies renouvelables ;
- adaptation climatique face aux aléas accrus ;
- gestion de la biodiversité dans des écosystèmes uniques ;
- optimisation de la gouvernance locale, souvent éclatée entre collectivités, services de l’État et opérateurs.
Sa connaissance interne des institutions guadeloupéennes, de leurs forces comme de leurs fragilités, constitue un atout majeur pour cette mission nationale. Mais un élément reste à éclaircir : les défis à éviter dans une fonction où les décisions peuvent transformer durablement les politiques publiques.
Ce qu’il devra surveiller dans ses nouvelles fonctions
Un tel poste comporte aussi ses écueils. Les analyses nationales doivent tenir compte des réalités locales sans les survoler. Plusieurs pièges sont fréquents dans la gestion des politiques publiques en Outre-mer.
- Penser que les modèles hexagonaux s’appliquent tels quels aux territoires insulaires.
- Sous-estimer la complexité des gouvernances locales, souvent marquées par une pluralité d’acteurs.
- Négliger l’urgence climatique, qui frappe plus vite et plus fort certaines zones tropicales.
Éviter ces pièges sera essentiel pour réussir dans sa nouvelle mission. Et sa connaissance du terrain guadeloupéen constitue un avantage certain pour y parvenir.
Son arrivée au ministère ouvre une nouvelle page, autant pour lui que pour la politique publique de l’eau et de la transition écologique en Outre-mer. L’attention qu’il portera aux réalités guadeloupéennes pourrait bien contribuer à des avancées attendues depuis longtemps.




