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Tourisme : comment cette destination compte attirer 1,3 million de visiteurs en cinq ans malgré de vrais obstacles

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Franchir le cap du million est une étape. Mais passer durablement à l’échelle supérieure exige bien plus que des campagnes de promotion. Pour y parvenir, cette île des Antilles françaises devra remplir les avions, lisser les saisons et surtout convaincre les visiteurs de prolonger leur séjour.

Le défi est ambitieux, car la fréquentation progresse déjà. Pourtant, derrière les arrivées en hausse, les hôtels, les professionnels du tourisme et les commerces ne profitent pas tous de la même dynamique.

Pourquoi l’objectif de 1,3 million change la donne

Nommé en juillet à la présidence du Comité Martiniquais du Tourisme, Alexandre Ventadour fixe un cap précis pour la Martinique : atteindre 1,3 million de visiteurs en cinq ans. Le territoire entend ainsi transformer le récent franchissement du million de visiteurs en une nouvelle phase de développement touristique.

Le point de départ est déjà élevé. La Martinique a accueilli 988 000 visiteurs en 2024, un chiffre alors en baisse de 1,4 % sur un an. En 2025, la destination a rebondi avec 1,029 million de visiteurs, soit une progression de 4,2 %.

Pour atteindre la cible annoncée, l’île devra donc séduire environ 271 000 visiteurs supplémentaires par rapport à 2025. Cela représente une hausse de plus de 26 %. Alexandre Ventadour estime que les infrastructures portuaires et aéroportuaires disposent déjà des capacités nécessaires pour absorber cette progression.

La question ne se limite toutefois pas au nombre d’arrivées à l’aéroport Martinique Aimé Césaire ou au port de Fort-de-France. Il faut aussi répartir les visiteurs dans l’année, soutenir les hébergements et renforcer les dépenses dans l’économie locale. C’est précisément là que la stratégie devra faire ses preuves.

La réponse : diversifier les marchés et créer plus de valeur

La Martinique ne pourra pas viser 1,3 million de visiteurs en s’appuyant uniquement sur son marché historique. La diversification internationale est le levier central de la feuille de route, avec une priorité désormais claire : le Canada.

En 2025, environ 68 % des visiteurs venaient encore de France hexagonale. Cette clientèle demeure essentielle, mais cette concentration rend la destination vulnérable. Lorsque les départs depuis l’Hexagone diminuent, les conséquences se voient rapidement dans les établissements touristiques.

Le Canada prend donc une place stratégique. La liaison Montréal–Fort-de-France d’Air Transat a été annualisée, ce qui rend la destination accessible au-delà de la seule saison hivernale. Le Comité Martiniquais du Tourisme présente maintenant le Canada comme son premier marché touristique international.

La progression est nette dans les hôtels. En 2025, les nuitées canadiennes ont augmenté de 10,3 %, tandis que la fréquentation issue de l’Hexagone reculait. Au troisième trimestre 2025, elles ont bondi de 54,6 % et ont représenté près d’un tiers des nuitées étrangères.

La dynamique se poursuit en 2026. Au premier trimestre, les nuitées canadiennes ont encore progressé de 30,3 %. Elles ont alors atteint 42 % des nuitées étrangères dans les hôtels martiniquais. Le Canada n’est donc plus un simple complément : il devient indispensable à l’objectif fixé.

Cette ouverture doit aussi concerner l’Europe, les États-Unis, l’Amérique du Sud, la Caraïbe et les clientèles locales ou régionales. Mais attirer davantage de voyageurs suppose de résoudre un point décisif : leur donner une raison concrète de choisir la Martinique plutôt qu’une autre île caribéenne.

Comment la Martinique peut rapprocher le cap des 1,3 million

La stratégie repose sur plusieurs actions complémentaires. Elles concernent autant le transport aérien que la durée des séjours, les activités proposées et les retombées de la croisière.

  1. Renforcer les liaisons aériennes. Le tourisme martiniquais dépend fortement des fréquences proposées par les compagnies aériennes et de l’ouverture de nouvelles lignes. Ces dernières années, la desserte a évolué avec la liaison annuelle Montréal–Fort-de-France d’Air Transat, de nouvelles connexions vers la Caraïbe et le Brésil, ainsi qu’une liaison avec Bordeaux.
  2. Rendre les billets plus compétitifs. Le prix élevé des vols reste l’un des freins identifiés par l’ancienne direction du Comité Martiniquais du Tourisme. L’augmentation des capacités devra s’accompagner de tarifs attractifs face aux destinations concurrentes de la Caraïbe.
  3. Faire revenir les visiteurs hors saison. Près des deux tiers des flux touristiques sont concentrés sur quelques mois de l’année, selon le bilan touristique 2025. Les marchés capables de voyager en dehors de l’hiver européen, notamment le Canada, la Caraïbe et l’Amérique du Sud, peuvent aider à remplir l’île en basse saison.
  4. Allonger la durée des vacances. Il ne suffit pas d’enregistrer une arrivée. Le défi est aussi d’inciter les voyageurs à rester plusieurs nuits, à réserver des excursions, à découvrir la gastronomie créole, le patrimoine, les plages, la nature et les activités nautiques.
  5. Convertir les croisiéristes en clients locaux. Les passagers de croisière peuvent générer des dépenses dans les restaurants, les boutiques, les sites touristiques et les excursions. Encore faut-il leur proposer des expériences visibles, fluides et adaptées au temps limité d’une escale.

Cette méthode répond à une réalité : une croissance solide ne repose pas sur un seul marché ni sur une seule saison. Elle dépend de la capacité de l’île à mieux utiliser chaque arrivée. Reste à comprendre pourquoi le record de fréquentation n’a pas encore bénéficié pleinement aux hôtels.

Un paradoxe hôtelier qui impose de retenir les voyageurs

Le dépassement du million de visiteurs en 2025 n’a pas entraîné une hausse équivalente de l’activité hôtelière. Les hôtels martiniquais ont enregistré plus de 1,1 million de nuitées, mais ce volume a reculé de 6,4 % sur un an.

La durée moyenne de séjour est elle aussi en baisse. Elle est passée de 3,8 jours à 3,4 jours. Autrement dit, l’île attire, mais une partie des visiteurs reste moins longtemps ou privilégie d’autres formes d’hébergement.

Le phénomène ne date pas de 2025. En 2024, les nuitées hôtelières avaient déjà diminué de 2,7 %. La baisse de 2025 s’explique principalement par le recul de la clientèle venant de France, qui représentait encore 84 % des nuitées hôtelières.

Au quatrième trimestre 2025, l’écart était particulièrement révélateur. Les nuitées françaises reculaient de 6,9 %, tandis que les nuitées étrangères progressaient de 8 %. Le début de 2026 apporte cependant un signal plus encourageant : au premier trimestre, les nuitées hôtelières ont augmenté de 3,4 %, essentiellement grâce aux clientèles étrangères.

Pour les hôtels, les restaurants, les loueurs de voitures, les prestataires nautiques et les guides, l’enjeu est donc double. Il faut capter de nouveaux visiteurs, mais aussi construire une expérience qui donne envie de réserver une nuit supplémentaire. La croisière offre, elle aussi, un potentiel considérable, avec ses propres limites.

La croisière, un réservoir de visiteurs à mieux valoriser

La croisière constitue l’un des atouts les plus visibles de la Martinique. Pendant la saison 2025-2026, l’île a accueilli 568 348 passagers pour 234 escales. La saison précédente, elle avait enregistré 469 432 passagers.

Cette hausse représente un levier puissant dans la trajectoire vers 1,3 million de visiteurs. Parmi les croisiéristes accueillis figurent environ 200 000 Européens, 84 000 Américains et 18 000 Canadiens.

Mais un passager de croisière ne vit pas le territoire comme un vacancier qui séjourne plusieurs jours. Son temps sur place est limité, sa dépense moyenne est différente et il ne réserve pas forcément d’hébergement. Le chiffre des arrivées ne suffit donc pas à mesurer les bénéfices pour l’économie martiniquaise.

La priorité consiste à transformer les escales en consommation locale. Les excursions vers la montagne Pelée, les jardins, les distilleries de rhum agricole, les marchés, la gastronomie martiniquaise, les activités nautiques et le patrimoine de Fort-de-France peuvent renforcer la valeur de chaque passage.

Une croisière réussie peut aussi donner envie de revenir pour un séjour plus long. Cette conversion, plus difficile à mesurer, pourrait devenir l’un des prolongements les plus utiles de la stratégie touristique. Mais plusieurs écueils doivent être évités pour que cette croissance reste durable.

Les obstacles à ne pas sous-estimer

Le prix des billets d’avion reste le premier frein. De nouvelles lignes ne produiront pleinement leurs effets que si les tarifs permettent à la Martinique de rester compétitive face aux autres destinations caribéennes.

La dépendance à l’Hexagone demeure une fragilité. La hausse canadienne est forte, mais elle ne compense pas encore totalement le poids du marché français. Diversifier les origines des visiteurs protège davantage l’activité lors d’un ralentissement d’un pays émetteur.

La saisonnalité pèse sur toute la filière. Hôtels, restaurants, loueurs, prestataires nautiques et sites touristiques supportent leurs charges durant douze mois. Concentrer près des deux tiers des flux sur quelques mois fragilise leur rentabilité.

Le cap des 1,3 million aura du sens si chaque visiteur contribue davantage à la vie économique de l’île. La Martinique devra donc associer accessibilité, qualité des prestations et expériences distinctives pour faire de la fréquentation une croissance durable.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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