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Tourisme en Outre-mer : ce que l’État prépare vraiment pour la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion

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Le tourisme ultramarin ne se joue plus uniquement sur une plage, un hôtel et un billet d’avion. Derrière l’image de carte postale, l’État prépare une stratégie plus large, où les liaisons aériennes, les investissements et les expériences locales doivent transformer durablement l’accueil des visiteurs.

La Martinique, la Guadeloupe et La Réunion sont directement concernées. Mais les annonces faites à Bercy dessinent aussi une feuille de route pour l’ensemble des Outre-mer, de la Guyane à Mayotte, jusqu’à la Nouvelle-Calédonie.

Pourquoi le tourisme ultramarin est devenu un enjeu national

Le tourisme occupe une place majeure dans les économies d’outre-mer. Selon le gouvernement, il représente entre 7 % et 10 % du PIB ultramarin et soutient 25 000 à 30 000 emplois directs. Ces chiffres expliquent pourquoi l’État veut renforcer la filière, au-delà des seules campagnes de promotion.

En 2025, les territoires ultramarins ont accueilli 2,23 millions de touristes arrivés par avion, d’après Atout France. Cela représente une hausse de 2 % sur un an et un retour au niveau observé en 2019. Pour Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, les Outre-mer font partie des moteurs essentiels de la destination France.

Le gouvernement souhaite donc les intégrer à l’objectif national de 100 milliards d’euros de recettes touristiques à l’horizon 2030. L’ambition ne consiste pas seulement à augmenter le nombre de voyageurs. Elle vise aussi à mieux répartir les revenus et à développer des offres capables de valoriser les territoires.

Le contexte reste pourtant contrasté au début de 2026. Les arrivées aériennes ont diminué de 5 % au premier trimestre par rapport à la même période de 2025. Cette baisse rend les prochaines décisions particulièrement importantes.

Ce que l’État prépare : investir, diversifier et mieux relier les îles

La sixième édition du Comité stratégique du tourisme Outre-mer, réunie à Bercy le lundi 14 septembre, a placé trois priorités au centre des échanges : l’investissement, la diversification de l’offre et la desserte aérienne. Élus, professionnels et représentants de l’État ont travaillé sur ces leviers pour les Antilles, l’océan Indien et le Pacifique.

La première mesure concrète annoncée est la publication d’un guide des financements européens pour le tourisme. Il doit s’adresser aux collectivités territoriales, aux établissements publics, aux associations et aux entreprises privées. L’idée est de rendre les dispositifs européens plus accessibles pour financer des hébergements, des équipements ou des projets d’attractivité.

Serge Papin résume cette orientation par une formule claire : l’Europe doit devenir un levier plutôt qu’un labyrinthe. Dans les territoires éloignés de l’Hexagone, où les coûts de construction, d’approvisionnement et de transport sont élevés, l’accès aux financements peut peser lourd dans la réalisation d’un projet.

La deuxième priorité est de sortir d’un modèle concentré sur le soleil et la plage. L’État veut soutenir le tourisme de savoir-faire et le spiritourisme, c’est-à-dire des séjours qui mettent en valeur les productions de spiritueux, notamment le rhum, ainsi que les patrimoines agricole, culturel et artisanal.

Cette diversification doit attirer des visiteurs curieux, prolonger les séjours et créer des retombées dans davantage de communes. Mais encore faut-il que ces nouvelles expériences soient accessibles, lisibles et bien connectées.

Martinique, Guadeloupe et La Réunion : les expériences que l’État veut valoriser

En Guadeloupe, le gouvernement cite l’écosystème de l’Habitation Néron-Papa Rouyo parmi les exemples de tourisme fondé sur le patrimoine et les savoir-faire. Le principe est de faire découvrir un lieu dans toute sa profondeur : son histoire, ses activités, ses produits et les personnes qui le font vivre.

En Guyane, la Maison du Manioc illustre cette même volonté. Le manioc ne devient plus un simple produit local aperçu au marché. Il peut être le point de départ d’une découverte agricole, culinaire et culturelle. Cette approche renforce le lien entre visiteurs et territoire.

À La Réunion, l’État met en avant le Domaine de Maison Rouge. Le tourisme de patrimoine, les paysages de l’océan Indien et les productions locales peuvent ainsi compléter les activités balnéaires. L’objectif n’est pas d’effacer les atouts traditionnels de l’île, mais d’élargir les raisons de venir.

La Martinique et la Guadeloupe montrent déjà cette évolution. Les professionnels cherchent à s’éloigner d’une image exclusivement centrée sur des vacances balnéaires faciles d’accès. L’artisanat, les randonnées, le patrimoine, les rencontres avec les habitants et l’univers du rhum prennent une place plus importante dans les séjours.

Cette montée en gamme rencontre toutefois une limite : l’offre d’hôtellerie de luxe demeure réduite aux Antilles françaises. Diversifier ne signifie donc pas viser un seul type de clientèle. Il s’agit de proposer une gamme cohérente, de l’hébergement familial aux établissements plus haut de gamme. Reste à résoudre un autre point décisif : l’accès aérien.

Les liaisons aériennes annoncées pour l’hiver 2026-2027

La connectivité est l’autre pilier de la stratégie. Au premier trimestre 2026, l’offre de sièges a diminué de 3 %, alors que le trafic passagers est resté stable. Les nuitées ont pourtant progressé de 3 % dans les hôtels et de 5 % dans les locations entre particuliers.

Dans la zone Antilles-Guyane, la situation est plus tendue : l’offre de sièges a reculé de 7 %. Cette baisse est notamment liée au recul des dessertes inter-îles. Elle limite les possibilités de combiner plusieurs destinations caribéennes durant un même voyage.

Compagnie ou liaisonAnnonce pour l’hiver 2026-2027
Air FranceLiaison directe Pointe-à-Pitre – Panama City, deux fois par semaine, du 11 décembre au 5 mars 2027.
Air France et Copa AirlinesCorrespondances possibles depuis la Martinique et la Guyane, puis vers plusieurs destinations d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.
Air CaraïbesJusqu’à 21 vols hebdomadaires Paris-Orly – Pointe-à-Pitre, 18 vers Fort-de-France et six vers Cayenne.
Air CaraïbesReprise de deux vols directs hebdomadaires vers Saint-Martin Juliana à compter du 15 octobre.
Réseau inter-îlesJusqu’à sept vols quotidiens Pointe-à-Pitre – Fort-de-France et six vols quotidiens Pointe-à-Pitre – Saint-Martin Grand-Case.

La liaison vers Panama City constitue un signal important. Grâce au partenariat avec Copa Airlines, Pointe-à-Pitre peut offrir des prolongements vers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. La Guadeloupe renforce ainsi son rôle possible de porte d’entrée française vers la Grande Caraïbe.

Le réseau ne dispose pas encore du nombre de destinations ni des fréquences nécessaires pour former un véritable hub régional. La disparition d’Air Antilles a profondément bouleversé le ciel caribéen. Le renforcement des vols inter-îles est donc attendu autant par les visiteurs que par les habitants et les professionnels.

Comment cette stratégie peut changer concrètement les séjours

Pour les voyageurs, une offre plus diversifiée peut permettre de construire un séjour moins concentré sur le littoral. En Martinique ou en Guadeloupe, une semaine peut associer plage, randonnée, visite d’un atelier artisanal, découverte d’un site patrimonial et approche du rhum agricole.

Pour les entreprises locales, l’enjeu est de rendre cette offre facile à réserver et à comprendre. Un domaine agricole, une distillerie, un guide de randonnée ou un artisan bénéficient davantage de la fréquentation lorsqu’ils sont intégrés à un parcours touristique cohérent.

  1. Identifier les savoir-faire locaux : artisanat, cultures agricoles, gastronomie, distilleries et patrimoine bâti.
  2. Créer des expériences accessibles : visites, ateliers, dégustations encadrées ou parcours de découverte.
  3. Relier les offres : transport, horaires, hébergement et information touristique doivent fonctionner ensemble.
  4. Mobiliser les financements : le guide européen annoncé doit aider les porteurs de projet à repérer les aides adaptées.
  5. Préserver les ressources : l’eau, l’énergie et la biodiversité doivent être prises en compte dès la conception.

Cette logique concerne autant les hôtels que les locations, les collectivités et les petites entreprises. Le tourisme de savoir-faire peut générer une activité plus répartie dans l’année et dans l’intérieur des territoires. Mais cette promesse dépendra aussi de la capacité à accueillir sans fragiliser les milieux naturels.

Climat, reconstruction et hébergement : les points à ne pas négliger

Le changement climatique est désormais au cœur de la stratégie touristique ultramarine. Cyclones, érosion du littoral et montée des eaux menacent directement les infrastructures, les plages et l’activité économique. L’État met donc en avant l’autonomie énergétique des hébergements, la gestion de l’eau et la protection de la biodiversité.

À Mayotte, la priorité est aussi la reconstruction de la filière après les cyclones Chido et Dikeledi. Atout France accompagne la réorganisation du secteur. Les projets d’extension et de rénovation des hôtels Jardins Maore et Mahabou sont cités parmi les initiatives soutenues.

En Nouvelle-Calédonie, de nouvelles annonces sont attendues lors du sommet Choose France Outre-mer, prévu le 1er octobre. Les réalités diffèrent d’un territoire à l’autre, mais le besoin de résilience est commun.

Un tourisme plus durable devra aussi être plus fluide

La stratégie de l’État ne repose donc pas sur une seule annonce aérienne ou un simple financement. Elle cherche à faire du tourisme un outil de développement local, capable de mieux valoriser les patrimoines et les compétences des habitants.

Pour la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion, le vrai test sera la fluidité du parcours : arriver facilement, circuler efficacement, trouver une offre variée et séjourner dans des conditions compatibles avec les ressources de chaque île.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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