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St Martin Week Actualités Bénitiers à Tubuai : grâce à une aide financière, cet éleveur lance une écloserie capable de multiplier sa production par 10
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Bénitiers à Tubuai : grâce à une aide financière, cet éleveur lance une écloserie capable de multiplier sa production par 10

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Multiplier sa production par dix en misant sur une technologie locale et durable. C’est le pari qu’un éleveur polynésien est en train de relever, porté par un financement inédit et par l’ambition de développer l’aquaculture aux Australes. Le résultat attendu est spectaculaire : une écloserie entièrement implantée à Tubuai, capable de fournir des bénitiers en quantité jamais vue sur l’île et d’alimenter tout un réseau de producteurs.

Pourquoi ce projet de bénitiers à Tubuai change la donne

Le développement des filières aquacoles en Polynésie française repose souvent sur de petites structures, contraintes par la taille des bassins, les conditions climatiques ou les capacités de reproduction. C’est exactement ce que vivait Moerani Lehartel, gérant de la société Tahiti Marine Aquaculture, dont l’écloserie pilote est installée à Papara. Avec une production annuelle d’environ 30 000 bénitiers, le potentiel était réel mais limité.

À cela s’ajoutaient des contraintes logistiques lourdes. Les bénitiers reproducteurs, prélevés à Tubuai, devaient être transportés jusqu’à Tahiti pour la reproduction, avant de renvoyer les juvéniles aux Australes pour les essais. Ce va-et-vient constant augmentait les coûts, la durée des cycles de production et les risques pour les animaux.

Les besoins régionaux, eux, ne cessent d’augmenter. Entre l’aquariophilie, l’alimentation locale et la diversification par d’autres espèces comme les trocas, les burgos ou les algues, les porteurs de projets manquent souvent de naissains pour démarrer ou développer leur activité. Le secteur voit donc l’intérêt d’une infrastructures dédiée, plus vaste, plus proche des zones de prélèvement et dotée d’un climat stable, comme celui de Tubuai.

Ce contexte crée une attente forte. Mais encore fallait-il disposer d’un soutien financier à la hauteur de l’ambition…

L’aide financière qui permet de multiplier la production par dix

Cette impulsion est arrivée avec le plan France 2030, un programme d’accompagnement destiné à encourager l’innovation et la structuration des filières. Moerani Lehartel a déposé un dossier et obtenu une aide précieuse : 47 millions de francs CFP pour concrétiser son projet d’écloserie.

Grâce à ce financement ciblé, l’éleveur pourra construire à Tubuai une ferme aquacole entièrement nouvelle, conçue pour être dix fois plus grande que son unité pilote de Papara. L’objectif est clair : passer de 30 000 bénitiers produits par an à environ 300 000, tout en créant un système intégré capable de fournir des naissains à d’autres producteurs de l’île.

Cette nouvelle installation s’appuie aussi sur l’expérience acquise en multitrophique. Moerani travaille déjà sur des systèmes où plusieurs espèces – bénitiers, trocas, burgos, algues – se partagent un même bassin, chacune jouant un rôle précis. Certaines espèces filtrent, d’autres nettoient, d’autres encore servent d’indicateurs de qualité de l’eau. Cette approche circulaire, inspirée de l’aquaculture multitrophique intégrée, est adaptée aux contraintes locales et permet d’optimiser les ressources.

L’avantage supplémentaire de Tubuai est climatique. Selon l’éleveur, « à Tahiti, il fait beaucoup trop chaud », ce qui peut fragiliser les bénitiers en période de reproduction. Tubuai offre des conditions plus stables, plus fraîches et mieux adaptées à des cycles réguliers et contrôlés. Ce point technique joue un rôle essentiel pour atteindre des volumes de production aussi élevés.

Ce financement ouvre donc la voie à une montée en puissance. Mais encore faut-il comprendre comment une telle écloserie va fonctionner concrètement…

Comment fonctionnera la future écloserie de Tubuai

La nouvelle ferme est conçue pour simplifier l’ensemble de la chaîne, en éliminant les allers-retours entre Papara et Tubuai. Voici les grandes étapes de fonctionnement d’une écloserie dédiée aux bénitiers, adaptées aux objectifs annoncés :

1. Approvisionnement en géniteurs

Les bénitiers reproducteurs seront désormais prélevés directement à Tubuai, comme cela est déjà le cas, mais sans transport vers Tahiti. Cette proximité réduit le stress des géniteurs et permet de lancer les reproductions plus rapidement.

2. Mise en reproduction dans l’écloserie

Les adultes sont placés dans des bassins spécifiques où température et photopériode sont contrôlées. Les déclenchements de ponte seront optimisés grâce au climat naturellement plus frais de l’île.

3. Élevage des larves et métamorphose

Les larves sont maintenues en suspension dans des bassins d’élevage. Elles sont nourries avec des microalgues produites sur place. La transition vers la phase juvénile se fait dans des bacs plus petits, où l’eau est filtrée en continu.

4. Transfert des juvéniles et grossissement

Les jeunes bénitiers sont ensuite installés dans des structures de grossissement, où les interactions multitrophiques pourront entrer en jeu. Algues et mollusques participeront à l’équilibre du système.

5. Distribution aux producteurs locaux

L’écloserie vise aussi à devenir un fournisseur régional. La production de naissains de bénitiers permettra à d’autres porteurs de projets de développer leurs propres élevages à Tubuai et dans l’ensemble de l’archipel des Australes.

L’ensemble du projet est estimé à plus de 300 millions de francs CFP, travaux compris. Le chantier doit débuter cette année pour un lancement de production prévu en 2027. Mais plusieurs adaptations restent possibles pour optimiser encore le fonctionnement de la ferme…

Variantes, améliorations et perspectives pour l’aquaculture à Tubuai

Une écloserie de cette taille ouvre de nombreuses perspectives pour la filière locale. Certaines sont déjà envisagées, d’autres pourraient suivre à mesure que la production augmente.

  • Extension de la multitrophie : en intégrant davantage d’espèces complémentaires, la ferme pourrait renforcer l’efficacité des cycles biologiques et réduire encore les coûts d’entretien.
  • Valorisation alimentaire : contrairement à l’unité de Papara, cette nouvelle ferme est pensée pour la production alimentaire locale, ce qui permettrait d’alimenter le marché polynésien avec des espèces valorisées.
  • Optimisation énergétique : le climat plus doux de Tubuai ouvre la voie à des systèmes de régulation moins coûteux, en limitant l’usage des refroidisseurs.
  • Partenariats régionaux : la distribution de naissains peut devenir un levier économique pour toute l’île, en favorisant la création de microfermes aquacoles.
  • Développement de l’aquariophilie écoresponsable : Moerani produit déjà des spécimens destinés à l’aquariophilie internationale, comme les pahua de 12 cm exportés vers Los Angeles. Une production accrue peut renforcer cette filière à forte valeur ajoutée.

Ces pistes montrent que l’écloserie n’est pas seulement une ferme agrandie, mais un véritable moteur de diversification économique. Reste à connaître les principaux obstacles à éviter…

Les erreurs fréquentes et points de vigilance en aquaculture multitrophique

La gestion d’une écloserie et d’un système multitrophique repose sur des équilibres délicats. Voici les pièges les plus courants.

  • Sous-estimer l’importance de la qualité de l’eau. Les bénitiers sont de grands filtreurs : une eau instable freine leur croissance.
  • Multiplier les espèces sans adapter les volumes. La multitrophie fonctionne seulement si les charges organiques sont équilibrées.
  • Négliger les variations climatiques. Même si Tubuai est plus frais, la surveillance reste indispensable pour maintenir les conditions de reproduction.
  • Accélérer les cycles de reproduction. Forcer les géniteurs peut réduire leur longévité et compromettre les futures récoltes.

Ces points montrent que même avec une écloserie moderne, la réussite repose sur une gestion précise et continue.

L’ouverture de cette nouvelle ferme à Tubuai représente bien plus qu’une montée en puissance technique. C’est une manière de recentrer la production sur l’île, de créer des débouchés et de former un écosystème aquacole durable. Le lancement prévu en 2027 pourrait marquer un tournant pour toute la filière polynésienne.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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