La transition qui s’opère aujourd’hui au Parc national de la Guadeloupe ouvre une nouvelle page chargée d’attentes et de responsabilités. Après plus de deux décennies de stabilité, l’institution change de visage, mais la pression sur les écosystèmes, elle, ne faiblit pas. Une élection, un symbole, et surtout une mission essentielle pour l’avenir de l’archipel.
L’importance d’un changement de présidence pour un parc national sous pression
L’élection à la tête du Parc national de la Guadeloupe ne relève jamais du simple protocole. Elle intervient dans un contexte où les enjeux environnementaux sont devenus structurants pour le territoire. Le Conseil d’administration, instance stratégique réunissant l’État, les collectivités, les acteurs socio-économiques et des spécialistes de la protection de l’environnement, mesure chaque année un peu plus l’urgence d’agir.
Les faits sont là. L’archipel est confronté à une érosion accélérée de la biodiversité, à une raréfaction des ressources et aux effets directs du réchauffement climatique sur les communes. Ces pressions s’ajoutent à une sensibilité géopolitique dans la Caraïbe, qui rend la coopération régionale essentielle.
Depuis sa création en 1989, le Parc joue un rôle central dans la préservation des patrimoines naturels, culturels et paysagers, de la forêt tropicale de la Basse‑Terre jusqu’aux mangroves du Grand Cul‑de‑sac marin. Les réformes successives, dont celle de 2009 et l’adoption de la charte de territoire en 2014, ont renforcé son statut d’acteur incontournable de l’aménagement durable.
Dans ce contexte, la désignation d’une nouvelle présidente n’est pas anodine. Elle conditionne la manière dont l’institution poursuivra sa mission dans les dix prochaines années. Et la suite prend une tournure particulièrement significative…
Nicole Erdan prend la présidence : une élection serrée et un message fort
Le jeudi 21 mai 2026, au siège de Montéran à Saint‑Claude, les 51 membres du Conseil d’administration ont élu Nicole Erdan à la présidence du Parc national de la Guadeloupe. Le scrutin s’est joué en deux tours. Au second tour, elle obtient 28 voix, soit 58,3 % des suffrages. Son adversaire, David Nébor, en recueille 20 (41,7 %), tandis que 3 membres s’abstiennent. Lors du premier tour, Jules Otto n’avait obtenu que 20,8 % des votes.
À l’annonce des résultats, la nouvelle présidente exprime sa satisfaction, rappelant son engagement ancien et constant dans les questions environnementales. Elle souligne également l’importance de voir des élus locaux s’impliquer dans la préservation de l’environnement, un signe encourageant pour une gouvernance plus collégiale.
Professionnelle reconnue, elle travaille au sein de la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL) de Guadeloupe. Elle a été nommée chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2023 et occupe aussi un rôle d’ambassadrice de la Stratégie nationale de transition écologique (SNTEDD).
Selon elle, son mandat s’inscrira dans une dynamique de coopération territoriale, de dialogue et de transmission aux générations futures. Elle insiste sur la nécessité de renforcer la résilience des territoires, de déployer une économie régénérative et de soutenir les projets de souveraineté alimentaire. Ces orientations, dit‑elle, guideront les dix prochaines années grâce au renouvellement de la charte de territoire.
Cette volonté de continuité et d’innovation constitue désormais la feuille de route. Mais comment ces ambitions peuvent-elles se traduire concrètement en actions locales ?
Une présidente engagée face à des défis croissants : priorités et orientations
Nicole Erdan ne cache pas la difficulté de la mission qui l’attend. Les communes subissent déjà les effets du climat : montée des eaux, phénomènes extrêmes et perte d’habitats naturels dans les zones littorales. Elle évoque une situation marquée par une érosion notable de la biodiversité, un contexte qui exige solidarité et accompagnement renforcé.
La nouvelle présidente rappelle que le Parc national a déjà engagé une transition vers une économie régénérative depuis l’an dernier. Ce modèle vise à restaurer les écosystèmes plutôt qu’à simplement limiter les impacts. Il s’agit de proposer de nouvelles solutions pour affronter les défis climatiques, économiques et sociaux.
Elle insiste également sur l’importance de la coopération régionale dans la Caraïbe, le Parc ayant un rayonnement international au-delà de ses frontières terrestres et marines. Renforcer ces liens est pour elle indispensable afin de faire face collectivement aux enjeux écologiques caribéens.
Mais pour comprendre la transition en cours, il faut revenir sur les bases solides laissées par son prédécesseur, après près de 21 ans de présidence.
Un héritage important après 21 ans de présidence de Ferdy Louisy
L’élection de Nicole Erdan marque la fin d’un cycle exceptionnel : près de 21 ans de présidence assurée par Ferdy Louisy. Durant cette longue période, le Parc a connu des transformations majeures. Parmi les avancées notables, on compte :
- la réforme de 2009, qui a modernisé le fonctionnement des parcs nationaux ;
- l’adoption de la charte de territoire en 2014, définissant les axes d’action pour le développement durable ;
- l’adhésion progressive des communes, rendant le Parc incontournable dans les politiques d’aménagement.
Nicole Erdan salue d’ailleurs le travail mené, qualifiant l’héritage laissé par son prédécesseur de « précieux ». Elle précise que sa mandature de 18 mois s’inscrit pleinement dans la continuité des actions entreprises.
Pour autant, la nouvelle phase qui s’ouvre s’annonce décisive. Le Parc doit désormais mettre en œuvre le contrat d’objectifs 2025‑2028, renouveler la charte de territoire et intensifier les actions de sensibilisation à l’environnement. Autant de chantiers qui nécessitent une stratégie claire.
Pour les acteurs du territoire, la question essentielle devient alors : comment cette transition se traduit-elle en actions concrètes pour les habitants et les écosystèmes ?
Les enjeux stratégiques des prochaines années : actions et perspectives
Les défis du Parc national pour les années à venir reposent sur plusieurs axes structurants. Le premier concerne l’adaptation des territoires aux impacts du changement climatique. Les zones littorales, les forêts de montagne ou encore les récifs coralliens seront au cœur des priorités de conservation.
Le second axe porte sur l’accompagnement des communes dans leurs projets d’aménagement durable. Grâce à la charte renouvelée, le Parc aura pour mission d’assurer une cohérence entre développement économique, protection des milieux naturels et qualité de vie des habitants.
La souveraineté alimentaire fait également partie des priorités. Dans les prochaines années, le Parc pourrait soutenir davantage de projets agricoles durables, utilisant par exemple l’agroforesterie ou la gestion raisonnée de la ressource en eau.
Enfin, la dimension internationale prendra une place croissante. La coopération environnementale avec la Caraïbe permettra de partager des expertises, de mutualiser des programmes de recherche et de renforcer la résilience régionale.
Mais une transition de gouvernance, même bien préparée, comporte des pièges qu’il faut éviter.
Ce qu’il faudra surveiller : risques et points de vigilance
Les transitions rapides peuvent fragiliser des dynamiques pourtant bien engagées. Le premier risque concerne la mise en œuvre des nouveaux projets dans un délai de mandat limité à 18 mois. Il faudra donc veiller à maintenir un rythme constant, sans rupture.
Le second point réside dans la coordination entre les différentes communes. Chaque territoire possède ses propres urgences et priorités. Une gouvernance trop centralisée pourrait créer des tensions. À l’inverse, un manque d’harmonisation réduirait l’efficacité des actions.
Enfin, l’économie régénérative exigera un changement profond de pratiques. Son succès dépendra de la capacité à mobiliser les acteurs agricoles, touristiques et économiques autour d’un modèle encore émergent.
Pour que cette nouvelle étape bénéficie pleinement à la Guadeloupe, un seul principe doit rester central : la coopération de l’ensemble du territoire.
La Guadeloupe entre dans une période clé pour son avenir environnemental et territorial. Les défis sont nombreux, mais la volonté affichée d’une gouvernance ouverte et engagée offre une véritable opportunité de transformation durable.




