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Festival Prix de Court 2026 : Ella Moun repart avec trois distinctions et place le cinéma martiniquais sous les projecteurs

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Les projecteurs se sont braqués sur une jeune réalisatrice martiniquaise, et l’intensité du moment a laissé la salle sans voix. Trois distinctions majeures, un film coup de poing et une émotion palpable. Le Festival Prix de Court 2026 vient de vivre l’une de ses soirées les plus marquantes, et tout laisse penser que ce n’est que le début pour Ella Moun. Mais avant de comprendre ce que représente réellement cette victoire, il faut revenir à ce que raconte ce film qui a bouleversé le jury.

Pourquoi cette édition du Festival Prix de Court était si attendue

Le Festival Prix de Court, créé en 2010, s’est imposé comme un rendez-vous incontournable du cinéma ultramarin francophone. Chaque édition met en lumière des talents venus de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe et depuis peu de La Réunion. Cette année, la 13e édition, organisée au cinéma Agora de Matoury en Guyane, rassemblait un large public autour de la création courte, un format exigeant où chaque minute compte.

Le contexte est d’autant plus fort que les productions caribéennes gagnent en visibilité. L’essor du cinéma martiniquais, guadeloupéen ou guyanais attire désormais l’attention des festivals internationaux. Pour de nombreux jeunes réalisateurs, Prix de Court représente une porte d’entrée vers une carrière plus large. Le jury 2026, présidé par le réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Khris Burton, affichait d’ailleurs une exigence que beaucoup redoutaient.

Dans cet environnement, décrocher ne serait-ce qu’un prix constitue déjà une consécration. Alors en obtenir trois, dont la plus haute distinction, en dit long sur la force d’un film. Et c’est précisément ce qui s’est produit avec Adan nanm ek kò. Reste à savoir quel récit se cache derrière ce court-métrage qui a tant marqué.

Le triplé d’Ella Moun : une révélation pour Adan nanm ek kò

La grande révélation de la soirée s’appelle donc Adan nanm ek kò, traduit « Dans l’âme et le corps ». Ce film, présenté dans la sélection principale, est reparti avec trois distinctions majeures : le prix de la meilleure bande originale, attribué à la compositrice Irina Prieto ; le prix du meilleur scénario, remis à Ella Moun ; et le Prix de Court 2026, la récompense suprême.

Ces distinctions soulignent la cohérence artistique du projet. Le scénario explore des thématiques sensibles comme les violences faites aux femmes, le silence qui entoure ces souffrances et la reconstruction intérieure. La musique, signée Irina Prieto, renforce la tension émotionnelle du récit en épousant les mouvements du personnage principal. Cette alchimie a séduit un jury habitué aux films engagés mais parfois moins aboutis techniquement.

Pour Ella Moun, ces prix représentent « la reconnaissance du travail accompli avec toute une équipe vraiment talentueuse ». Son émotion semblait indissociable de la responsabilité portée par une œuvre qui dépasse la fiction. Mais pour comprendre l’impact réel du film, il faut entrer dans son histoire.

Une œuvre engagée : comment Adan nanm ek kò raconte l’indicible

Le cœur du film repose sur Chérinise, une femme emprisonnée pour le meurtre de son mari. En détention, elle tente de survivre à l’enfermement grâce au soutien de deux codétenues. Mais ses traumatismes refont surface, la poussant à écrire compulsivement des poèmes sur les murs de sa cellule puis sur son propre corps. Ces gestes traduisent l’impossibilité de dire autrement ce qu’elle a vécu.

Soutenu par l’Agence Régionale de Santé et la Commission Ateliers du GREC, dont il est lauréat 2024, le court-métrage s’appuie sur des témoignages réels recueillis pendant la préparation du projet. Le thème a émergé d’un appel à projets intitulé En travaux, qui a permis à la réalisatrice de réfléchir à la place des femmes dans la société et aux injustices encore présentes.

À travers cette œuvre, Ella Moun poursuit son exploration des réalités sociales caribéennes. L’écriture devient un refuge, un acte de survie. Elle confie d’ailleurs avoir une pensée particulière pour les victimes de violences, notamment sexuelles, rencontrées durant ses recherches. Cette dimension intime nourrit la force narrative du film. Elle ouvre la voie à des questions essentielles que le public ne peut ignorer.

Un parcours inspirant pour la nouvelle génération de cinéastes martiniquais

Le parcours d’Ella Moun illustre ce que représente aujourd’hui la création martiniquaise. Après deux premiers courts-métrages autoproduits, elle signe avec Adan nanm ek kò son troisième film, cette fois produit par le GREC. Elle rappelle avoir commencé « en filmant avec son téléphone portable » avant de se former et d’affiner sa vision artistique.

Ce cheminement résonne avec celui de nombreux jeunes réalisateurs des Antilles. Beaucoup démarrent avec peu de moyens, mais énormément d’envie de raconter des histoires. Le développement de structures locales, de formations techniques ou encore de dispositifs d’aide comme ceux proposés par le GREC permet à cette nouvelle vague de franchir un cap.

L’optimisme d’Ella Moun se reflète dans ses propos : « Beaucoup de personnes œuvrent dans l’ombre pour que cette industrie se développe. Nous avons tout ce qu’il faut pour avancer. » Cette dynamique est essentielle pour ancrer durablement le cinéma martiniquais et caribéen dans le paysage national. Et le festival ne s’arrête pas là. D’autres films ont été distingués et montrent la diversité des talents ultramarins.

Autres films primés : un panorama riche de nouvelles voix

Cette 13e édition ne s’est pas limitée au succès d’Adan nanm ek kò. Le film Gloria, de Marvin Yamb, a été doublement récompensé avec le prix du meilleur interprète remis à Widchy Noël et le prix coup de cœur du jury. Cette œuvre confirme la place croissante de la Guyane dans la création cinématographique contemporaine.

Le prix du public est revenu à Douvan jou d’Amy Destin et Florian Soleil, un signe fort de l’intérêt du public pour un cinéma qui traite souvent de questions identitaires ou sociales. Quant au prix des écoles, il a honoré le film Entre 2 de Cyril Vila, Laetitia Lebel, Danaë Icaré et Samuel Desmontis, démontrant l’efficacité du travail mené auprès des jeunes réalisateurs. Enfin, le prix du meilleur espoir a récompensé Jeux d’enfant de Jefferson Guillaume, un titre qui laisse entrevoir de futures créations prometteuses.

Ces résultats donnent un panorama varié de la production ultramarine actuelle. Ils montrent un cinéma riche, multiple et audacieux, porté par des auteurs qui n’ont pas peur de traiter des thématiques fortes. Mais cette diversité ne doit pas masquer les défis qui attendent ces artistes.

Ce qu’il faut retenir : forces, obstacles et vigilance

De nombreux films primés au Festival Prix de Court se caractérisent par leur engagement social. C’est une force, mais cela peut aussi devenir une attente pesante pour les créateurs. Les risques de stéréotypisation, de financement insuffisant ou de manque de structures locales demeurent une réalité.

Autre écueil : penser qu’un prix garantit automatiquement une diffusion ou un accompagnement à long terme. Beaucoup d’œuvres ultramarines peinent encore à atteindre les circuits nationaux ou internationaux. Les talents sont là, mais les relais restent fragiles. Malgré tout, la progression est réelle. Et ce momentum est précieux.

Il appartient désormais aux institutions, aux producteurs et aux artistes eux-mêmes de maintenir cet élan. La prochaine édition pourrait bien confirmer cette montée en puissance.

Ce festival 2026 laisse entrevoir un avenir plus large pour les voix ultramarines. Il suffit parfois d’un film, d’une soirée et d’un prix pour ouvrir une voie nouvelle. Maintenant que les projecteurs sont allumés, reste à voir jusqu’où ils éclaireront le cinéma martiniquais dans les années à venir.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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