Devant l’Hôtel de la Collectivité à Fort-de-France, la colère ne s’est pas limitée aux chiffres et aux rapports. Elle s’est exprimée dans la rue, avec un message politique direct adressé à ceux qui dirigent l’institution. Au cœur de cette mobilisation, une question demeure : qui doit désormais répondre de l’état des finances de la Martinique ?
Une dette proche d’un milliard d’euros qui place la CTM sous pression
La situation financière de la Collectivité territoriale de Martinique, la CTM, cristallise une inquiétude majeure. Le jeudi 24 septembre 2026, les élus de l’Assemblée de Martinique étaient réunis en séance plénière pour examiner ce dossier sensible.
Le débat portait notamment sur le rapport de la Chambre régionale des comptes. Ce document décrit une situation financière considérée comme « critique », avec une dette qui approche un milliard d’euros.
Cette somme ne représente pas seulement une ligne comptable. Pour les collectifs mobilisés, elle pose la question des services publics, des établissements dépendant de la CTM et des agents qui y travaillent. Elle interroge aussi la capacité de la collectivité à financer ses engagements présents et futurs.
La CTM exerce des compétences essentielles pour le territoire martiniquais. Lorsqu’une collectivité connaît de fortes tensions budgétaires, les conséquences peuvent concerner les transports, l’action sociale, les infrastructures, la culture ou encore les organismes publics qui lui sont liés.
Le cas de Martinique Transport, cité comme un satellite de la collectivité en grande difficulté, illustre l’ampleur des préoccupations. Mais, pour les manifestants, l’enjeu ne se limite pas à un organisme particulier. Ils dénoncent un problème global de gestion et exigent des réponses visibles. C’est cette demande de responsabilité qui a motivé le rassemblement devant le siège de l’institution.
Trois collectifs réunis à Fort-de-France pour réclamer des départs
Alors que la séance se tenait à l’intérieur, le débat s’est aussi déplacé devant l’Hôtel de la Collectivité, situé rue Gaston Defferre à Fort-de-France. Trois collectifs avaient appelé à manifester sur place.
Une trentaine de personnes étaient présentes en milieu de matinée. Les abords du bâtiment faisaient l’objet d’un dispositif de sécurité renforcé, signe du climat tendu entourant cette séquence institutionnelle.
Parmi les personnes présentes figurait Rodrigue Petitot, président du Parti pour le Peuple, ou PLP. Le chef de file du RPPRAC a estimé que la mobilisation était nécessaire afin que la population se saisisse directement de la question financière.
Selon lui, les Martiniquais ne doivent pas attendre qu’un seul mouvement porte leur parole. Il a défendu l’idée d’une mobilisation plus large, dans laquelle chacun peut dénoncer une situation qu’il juge préoccupante pour l’île.
Mais la revendication centrale était plus nette encore : Rodrigue Petitot réclame la démission de l’exécutif. À ses yeux, un début de solution passe par le départ des responsables qu’il accuse d’avoir conduit la Martinique dans ce qu’il qualifie de « gouffre ».
Il parle d’une « faillite organisée de la Martinique » et considère qu’il ne faut pas laisser les dirigeants actuels aller jusqu’au terme de leur mandature. Ces propos traduisent une position politique, portée par les collectifs mobilisés, face au diagnostic financier examiné par les élus.
Pourquoi les manifestants relient la dette aux difficultés quotidiennes
Pour les participants, la dette proche d’un milliard d’euros ne doit pas être discutée uniquement entre spécialistes des finances publiques. Ils la relient à des situations concrètes, notamment celles des agents des collectivités et des établissements publics.
Rodrigue Petitot évoque les difficultés rencontrées par certains salariés de ces structures. Il estime que les responsables politiques ne perçoivent pas suffisamment les répercussions de la crise financière sur une partie de la population.
Son argument repose sur un contraste. D’un côté, il décrit des élus dont les salaires et les avantages continuent d’être versés. De l’autre, il évoque des personnes confrontées aux contraintes d’un argent qui, selon sa formule, « n’est pas là ».
Cette opposition explique la tonalité du rassemblement. Les manifestants ne demandent pas seulement une lecture technique du rapport de la Chambre régionale des comptes. Ils veulent savoir comment la CTM compte faire face à ses engagements, et avec quelles garanties pour les personnes dépendantes des services publics territoriaux.
| Élément | Ce qui était en jeu le 24 septembre 2026 |
|---|---|
| Lieu du rassemblement | Hôtel de la Collectivité, rue Gaston Defferre à Fort-de-France |
| Mobilisation | Trois collectifs et environ trente personnes en milieu de matinée |
| Dette évoquée | Près d’un milliard d’euros |
| Document examiné | Rapport de la Chambre régionale des comptes |
| Revendication politique | Démission de l’exécutif, demandée notamment par Rodrigue Petitot |
Ce lien entre comptes publics et vie quotidienne explique pourquoi le sujet dépasse la seule séance plénière. Reste à savoir ce que les élus territoriaux entendent faire après l’examen du rapport.
Ce que devait examiner l’Assemblée de Martinique
La séance plénière du jeudi 24 septembre devait permettre aux élus de l’Assemblée de Martinique d’étudier deux volets. Le premier concernait le rapport de la Chambre régionale des comptes. Le second portait sur les mesures envisagées par l’exécutif pour redresser les finances de la CTM.
Un rapport de contrôle financier constitue un moment important pour une collectivité. Il met en lumière la situation budgétaire, les fragilités éventuelles et les points qui appellent une réponse politique ou administrative.
Dans ce cas précis, la qualification de situation « critique » donne un poids particulier aux débats. La question n’est plus seulement d’établir le constat d’une dette élevée. Il s’agit aussi d’identifier les décisions à prendre pour engager un redressement.
- Examiner le diagnostic financier établi par la Chambre régionale des comptes.
- Évaluer les conséquences de la dette sur la capacité d’action de la CTM et de ses structures liées.
- Présenter des mesures de redressement envisagées par l’exécutif territorial.
- Répondre à la contestation publique, alors que des collectifs réclament des changements politiques immédiats.
Le débat institutionnel devait donc répondre à une attente forte : montrer comment les élus comptent transformer un constat financier alarmant en décisions concrètes. Or, c’est précisément sur ce point que les manifestants affichent leur scepticisme.
Le scepticisme de Rodrigue Petitot face aux annonces attendues
Interrogé sur ses attentes à l’égard de la séance plénière, Rodrigue Petitot ne cache pas son pessimisme. Il estime que son expérience depuis 2024 l’amène à penser qu’aucune mesure concrète ne sortira de cette réunion.
Il redoute une succession de promesses et d’engagements sans contrainte réelle. Dans son analyse, les Martiniquais risquent de découvrir les conséquences de ces décisions dans un, deux ou trois ans, sous la forme d’une « douloureuse ».
Cette formule renvoie à une crainte simple : celle de voir les difficultés financières reportées dans le temps, sans traitement immédiat. Elle révèle aussi une défiance envers les annonces politiques, dans un contexte où le rapport de la Chambre régionale des comptes est jugé particulièrement préoccupant.
Les collectifs présents ne remettaient donc pas seulement en cause une situation héritée ou un chiffre de dette. Ils contestaient la capacité de l’exécutif à apporter une réponse qu’ils jugent crédible.
La mobilisation du 24 septembre s’inscrit ainsi dans un rapport de force politique. D’un côté, l’Assemblée de Martinique devait examiner le rapport et les pistes de redressement. De l’autre, des citoyens et responsables de collectifs réclamaient des départs avant toute autre promesse.
Ce qu’il faut retenir de cette journée sous tension
La dette de la CTM est devenue un sujet de mobilisation publique, au-delà du cadre habituel des débats budgétaires. La présence d’environ trente personnes devant le siège de la collectivité a donné une traduction visible à cette colère.
Il faut toutefois distinguer le diagnostic financier, établi dans le rapport examiné par les élus, des accusations politiques formulées par les collectifs. La demande de démission portée par Rodrigue Petitot constitue une revendication militante, et non une mesure annoncée par l’Assemblée.
Le point décisif sera désormais la nature des mesures de redressement discutées par l’exécutif. Pour les manifestants, seules des décisions tangibles pourront répondre à une défiance déjà profondément installée.




