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Étudiants en difficulté : cette jeune femme a créé une association pour ne laisser personne derrière

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Pour certains étudiants, poursuivre des études relève moins du choix que d’un parcours d’obstacles. Trouver un logement, payer les transports, comprendre les démarches ou obtenir un contact peut suffire à faire vaciller un projet. En Guyane, une jeune femme a décidé de transformer cette réalité en réseau de solidarité.

Son initiative part d’une conviction simple : aucun étudiant ne devrait renoncer à son avenir faute d’informations, d’appui ou d’une personne capable d’ouvrir une porte. Derrière ce projet, il y a aussi une histoire familiale, une culture vivante et une volonté de faire circuler les opportunités.

Les difficultés étudiantes ne se limitent pas aux frais de scolarité

Étudier loin de sa famille ou de son territoire suppose souvent de gérer plusieurs urgences à la fois. Les dépenses quotidiennes s’ajoutent aux dossiers administratifs, au travail alimentaire et à l’isolement. Pour les jeunes venus de l’Ouest guyanais ou d’autres territoires ultramarins, le départ peut accentuer ces fragilités.

Rochella Pinas connaît directement cette situation. Née au Suriname, elle est arrivée en Guyane chez sa grand-mère en 2005. La langue a représenté une première barrière et elle n’a été scolarisée qu’en 2008, à l’âge de 9 ans.

La suite a été difficile : renouvellement de la carte de séjour, nécessité de travailler pour financer ses études et absence de sa mère à ses côtés. Elle décrit des difficultés à la fois psychologiques, financières et administratives. C’est précisément ce parcours qu’elle veut rendre moins lourd pour d’autres jeunes.

Les besoins matériels restent importants. À Mayotte, par exemple, le CROUS de La Réunion et de Mayotte a programmé 200 premiers logements étudiants à Dembéni, avec une livraison envisagée en 2029. À terme, 200 logements supplémentaires pourraient être créés près du futur campus d’Ouangani-Coconi. Cette question du logement montre l’ampleur des solutions à construire.

Mais les aides ne passent pas uniquement par de grands dispositifs. Une mise en relation bien ciblée peut aussi débloquer un projet. C’est là que l’association imaginée par Rochella Pinas intervient.

Bondoe kong na wang : se rassembler pour ne pas laisser les étudiants seuls

Rochella Pinas a fondé l’association Bondoe kong na wang en juin 2026. Ces mots viennent de la langue okanisi et signifient « se rassembler dans l’unité ». Le nom résume l’ambition de cette jeune structure : relier les étudiants à des personnes, des institutions et des possibilités concrètes.

La culture occupe une place centrale dans son action. Rochella Pinas a grandi avec la richesse des cultures présentes dans sa famille. Son grand-père était un imam javanais au Suriname. Sa grand-mère, installée en Guyane, appartient au peuple okanisi.

Elle privilégie le terme okanisi plutôt que « ndjuka ». Selon elle, ce dernier mot est considéré par certains comme péjoratif. Son étymologie souvent évoquée, issue de « Jew » et « kaka », renverrait à une expression insultante signifiant « les excréments des juifs ».

Ce choix de vocabulaire n’est pas anodin. Rochella Pinas refuse les mots qui blessent ou lui rappellent une expérience inconfortable liée à son identité culturelle. Dans l’association, la valorisation de l’héritage okanisi devient donc un levier de confiance, de transmission et d’activité économique.

L’objectif principal reste pourtant très concret : aider les étudiants dans leur vie quotidienne. Depuis sa création, l’association a déjà accompagné huit étudiants, sans disposer encore de financement propre ni de local. La structure est jeune, mais son réseau commence déjà à produire des effets.

Comment l’association accompagne les étudiants, au cas par cas

Pour l’instant, Bondoe kong na wang assure surtout un rôle de médiation. L’association identifie les besoins des étudiants puis les met en contact avec les institutions ou organismes susceptibles de les aider. Elle ne peut pas encore financer directement une formation, un hébergement ou un trajet.

Le premier étudiant accompagné est Rodrigue Marley, originaire de Saint-Laurent-du-Maroni. Élève pilote dans l’Hexagone, il cherchait des financements pour terminer sa formation. Rochella Pinas l’a mis en relation avec Gabriel Serville lors d’une première réunion consacrée aux dispositifs existants pour des profils rares.

Elle a ensuite contacté la directrice du Campus des Métiers et des Qualifications de l’Aéronautique et du Spatial, la compagnie Air Caraïbes et M. Cazal, pilote en Guyane. Cette démarche ne garantit pas un financement, mais elle permet à l’étudiant d’être entendu par les bons interlocuteurs.

  1. Identifier le besoin : formation, financement, orientation, mobilité, logement ou soutien administratif.
  2. Rechercher les relais : institutions, entreprises, professionnels, structures d’aide ou réseau associatif.
  3. Créer le contact : organiser une rencontre, transmettre un dossier ou présenter directement l’étudiant.
  4. Maintenir le lien : suivre l’avancée du projet et chercher une autre piste si la première ne suffit pas.

Une étudiante en licence de littérature à l’Université de Guyane a également bénéficié de cet accompagnement. Elle souhaitait se reconvertir pour devenir hôtesse de l’air, alors que sa famille préférait qu’elle devienne professeure. Rochella Pinas a échangé avec son père et l’a mise en contact avec M. Cazal.

Ce soutien humain compte autant que les démarches. Reste à développer des moyens matériels pour répondre aux besoins les plus urgents.

Culture okanisi et économie circulaire pour financer l’entraide

Quatre personnes travaillent activement autour de trois activités destinées à collecter des fonds et à faire connaître Bondoe kong na wang. Leur approche associe création artistique, réemploi textile, transmission culturelle et jardins partagés.

  • Lesley Ayaya transforme des vêtements dont les propriétaires ne veulent plus. Elle les revalorise avec du pangui et des tissus traditionnels okanisi.
  • Rudy Pinas réalise des tableaux et différents objets inspirés du tembé, un art emblématique des peuples noirs marrons.
  • Rochella Pinas et sa tante Gracella Ayaya proposent la création de mini-jardins partagés.

Ces ateliers de jardinage se déroulent avec les enfants et les établissements scolaires. Le vendredi 18 septembre 2026, en lien avec le pôle culturel de la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni, elles ont fabriqué des jardins partagés avec les élèves de deux écoles.

L’expérience devait être renouvelée le 17 octobre à Albina, de l’autre côté du fleuve, auprès des enfants. Les vêtements recyclés et les objets en tembé devaient aussi être vendus lors de la Journée des Noirs marrons, le 10 octobre à Saint-Laurent-du-Maroni.

Le principe est double : valoriser des savoir-faire okanisi et faire vivre une économie circulaire. Un vêtement délaissé devient une pièce transformée. Une pratique artistique devient une ressource. Et les recettes peuvent, à terme, soutenir des étudiants.

Cette logique de réemploi est appelée à se prolonger dans un projet particulièrement utile pour les jeunes en mobilité.

Des meubles en palettes, mais aussi des transports et des hébergements à imaginer

Bondoe kong na wang souhaite fabriquer, avec les étudiants, des meubles à partir de palettes. L’idée est de les aider à aménager leur logement sans supporter le coût de mobilier neuf. Rochella Pinas prévoit de lancer cette action dès février 2027.

Le projet répond à une réalité fréquente : s’installer pour étudier exige des achats immédiats. Lit, table, rangements ou chaise deviennent vite indispensables. Le mobilier en palettes peut offrir une solution de récupération, à condition d’utiliser du bois propre, stable et correctement poncé.

L’association ne possède pas encore de bus pour aider les étudiants dans leurs déplacements. Elle cherche aussi à établir des collaborations avec des entreprises de location pour faciliter l’hébergement. Ces limites sont clairement assumées : la structure débute et n’a pas encore généré de financements pour verser des aides directes.

Cette transparence est importante. L’association n’annonce pas ce qu’elle ne peut pas fournir, mais elle mobilise déjà ses contacts pour réduire les obstacles. Pour un étudiant isolé, un interlocuteur qui connaît les dispositifs peut changer la suite d’un parcours.

D’autres infrastructures montrent combien l’hébergement favorise les études. À Coconi, l’internat d’excellence du lycée agricole, inauguré le mardi 15 septembre, compte 100 places. Attendu depuis plus de 20 ans, il doit permettre à des élèves venus de toute l’île d’étudier dans de meilleures conditions.

Ce qu’il faut comprendre avant de solliciter ce type d’accompagnement

Une mise en relation ne remplace pas une bourse, un logement ou une aide financière. Elle peut cependant accélérer une démarche en évitant de chercher seul les bons contacts. Il est donc utile d’arriver avec un projet précis et des documents déjà préparés.

Les étudiants ont intérêt à présenter leur parcours, leur formation, leur besoin immédiat et les démarches déjà entreprises. Dans les métiers spécialisés, comme l’aéronautique, les réseaux professionnels peuvent être déterminants. Mais ils demandent aussi de la régularité et une présentation sérieuse.

Il faut également éviter de réduire Bondoe kong na wang à une action caritative. L’association défend une entraide fondée sur la dignité, la culture et l’autonomie. Ses ateliers autour du pangui, du tembé, des textiles revalorisés et des jardins partagés participent pleinement à cette vision.

En reliant les étudiants, les familles, les institutions et les créateurs, Bondoe kong na wang donne une forme concrète à son nom : se rassembler dans l’unité. À mesure que ses partenariats se développeront, chaque contact créé pourra devenir une chance supplémentaire de poursuivre ses études.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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