La Montagne Pelée concentre aujourd’hui un débat qui divise autant qu’il intrigue. Entre espoirs d’énergie propre et craintes liées à un volcan toujours actif, le projet de géothermie attire l’attention. Beaucoup veulent comprendre ce qu’implique réellement ce permis de recherche et pourquoi certains demandent du temps supplémentaire avant d’y répondre.
Une consultation rapide qui interroge
La consultation publique ouverte le 15 juin et clôturée le 15 juillet pose une difficulté majeure selon plusieurs acteurs locaux. Elle devait recueillir l’avis des Martiniquais sur un permis de recherche de gîte géothermique sur la Montagne Pelée, demandé par la société Carigen. En théorie, cette étape permet d’éclairer les décisions du préfet et d’intégrer les préoccupations de la population. En pratique, de nombreux habitants affirment ne pas avoir été informés.
L’Assaupamar, association engagée depuis plusieurs mois sur ce dossier, estime que la consultation est passée « en catimini ». Pour ses membres, l’enjeu mérite une visibilité bien plus large puisqu’il concerne l’exploitation potentielle de la chaleur du sous-sol martiniquais pour produire de l’électricité. L’accès à une énergie géothermique locale et durable est un sujet stratégique, mais encore faut-il que chacun puisse comprendre ses implications.
À cela s’ajoute un contexte politique particulier. Sur les sept communes directement concernées par le permis — Morne-Rouge, Prêcheur, Ajoupa-Bouillon, Fonds-Saint-Denis, Carbet et Saint-Pierre — six viennent d’élire de nouveaux maires. Leur niveau d’information sur le projet reste incertain. Cette situation crée un besoin accru de clarté, ce qui pousse les associations à réclamer plus de temps.
Ce manque de visibilité ouvre alors une question essentielle : comment un territoire peut-il donner un avis éclairé si l’information n’a pas circulé pleinement ?
Ce que demande réellement l’Assaupamar
L’Assaupamar ne s’oppose pas frontalement à la géothermie, mais insiste sur la nécessité d’une transparence totale. Elle souhaite que la consultation simple soit remplacée ou complétée par une véritable enquête publique. Ce type de procédure donne accès à des experts, des hydrogéologues ou des volcanologues capables d’expliquer les enjeux techniques liés au forage géothermique, notamment sur un volcan actif comme la Pelée.
Le collectif demande donc une prolongation de la consultation. Murielle Hombel, membre du collectif « Nou la pour la préservation de l’environnement », souligne un point clé : pour que les élus puissent informer leurs administrés, encore faut-il qu’ils aient eux-mêmes reçu une présentation cohérente et complète du projet. Sans compréhension solide, ils ne peuvent jouer leur rôle de relais.
Le cœur de leur démarche repose sur deux attentes : d’une part, garantir que les forages de recherche ne provoquent aucun soubresaut de la « vieille dame », nom donné au volcan. D’autre part, permettre à la population de poser ses questions librement à des scientifiques indépendants. Pour un sujet aussi sensible, cette transparence est perçue comme indispensable.
Cette demande pose une autre interrogation : comment assurer une transition énergétique ambitieuse sans négliger la confiance du public ?
Les enjeux techniques et pratiques à comprendre
La géothermie, en particulier la géothermie haute énergie utilisée en contexte volcanique, consiste à exploiter la chaleur accumulée dans les roches profondes ou les nappes d’eau souterraines. Sur la Montagne Pelée, la société Carigen souhaite réaliser des forages exploratoires afin d’évaluer ce potentiel énergétique.
Un permis de recherche n’autorise pas encore l’exploitation, mais il donne la possibilité de mener des études géophysiques, des forages tests et des analyses thermiques. Ces opérations servent à déterminer si la ressource est suffisante pour alimenter une centrale géothermique, comme celles développées ailleurs dans les Antilles ou en Islande.
Pour les habitants, comprendre ce processus est crucial. Les forages peuvent atteindre plusieurs kilomètres de profondeur, utiliser des fluides de forage et nécessitent un suivi strict pour éviter toute interaction avec les failles géologiques actives. Sur un volcan comme la Pelée, même en sommeil, la sensibilité de la zone impose une vigilance renforcée.
Ces aspects techniques méritent une pédagogie adaptée, ce qui renforce l’appel à un débat public mieux structuré.
Tout cela prépare le terrain à une réflexion plus large : comment rendre compréhensible un projet aussi complexe à l’échelle locale ?
Les implications pour les habitants et les élus
Pour être pleinement impliqués, élus et habitants doivent connaître les étapes concrètes du permis de recherche. Même si la procédure ne prévoit pas de travaux d’exploitation immédiate, elle peut entraîner :
- des études de terrain impliquant des équipes scientifiques ;
- des forages exploratoires utilisant des équipements lourds ;
- des mesures environnementales ;
- des analyses d’eau liées aux nappes souterraines ;
- un suivi sismique pour détecter toute activité inhabituelle.
Les communes concernées, dont six ont récemment changé de maire, devront relayer les informations, organiser des réunions publiques et accompagner les habitants dans la compréhension du projet. Le besoin d’appropriation locale est d’autant plus fort que la Montagne Pelée a connu des épisodes volcaniques marquants, dont l’éruption de 1902, gravée dans la mémoire collective.
Les collectivités locales jouent donc un rôle central. Elles doivent convaincre, rassurer et transmettre. Or cela nécessite une fenêtre de consultation suffisamment longue pour organiser des échanges constructifs.
Mais un autre élément entre en jeu : les alternatives possibles dans la gestion de ce dialogue environnemental.
Des pistes de renforcement de la transparence et du dialogue
Plusieurs solutions peuvent faciliter l’adhésion autour d’un projet géothermique en zone volcanique. Une enquête publique permettrait de faire intervenir des experts du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), de l’Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique ou encore des ingénieurs spécialisés en énergie renouvelable. Ces acteurs pourraient expliquer la différence entre géothermie haute énergie et géothermie de moyenne enthalpie, ou encore les précautions prises pour éviter la sismicité induite.
Des documents pédagogiques, des cartes de forages, des schémas de fonctionnement d’une centrale géothermique ou des simulations de bruit pourraient également aider les habitants à se projeter. Les élus pourraient organiser des réunions publiques dans les communes du Morne-Rouge, du Prêcheur, d’Ajoupa-Bouillon, de Fonds-Saint-Denis, du Carbet et de Saint-Pierre. Ce travail renforcerait la compréhension globale du dossier.
Ces pistes s’ajoutent aux revendications de l’Assaupamar, qui souhaite avant tout garantir que les recherches ne provoqueront pas d’activité volcanique supplémentaire.
Il reste toutefois une question essentielle : quelles précautions doivent absolument être prises avant d’avancer ?
Les erreurs à éviter dans un projet aussi sensible
La première erreur serait de minimiser les inquiétudes liées au volcan. Même si les techniques modernes limitent les risques, la population reste attentive. Une autre erreur fréquente consiste à diffuser des informations de manière partielle ou tardive, ce qui peut générer de la méfiance. Les projets géothermiques exigent également d’éviter toute comparaison simpliste avec d’autres territoires, car chaque volcan possède sa propre dynamique.
Enfin, un manque de coordination entre l’État, les collectivités et les associations peut ralentir les décisions et alimenter les tensions locales.
Dans cette affaire, une communication structurée est plus qu’une formalité : c’est une garantie de confiance pour les années à venir.
Le débat autour de la Montagne Pelée montre que la transition énergétique ne peut avancer sans une participation réelle des habitants. Prendre le temps de consulter, d’expliquer et d’écouter pourrait offrir à la Martinique les conditions d’une décision sereine. À présent, tout dépendra de la manière dont les autorités répondront à cette demande de prolongation.




