Une nouvelle présidente prend les commandes du sport martiniquais, avec l’ambition claire de remettre l’institution sur pied et d’utiliser le sport comme moteur de transformation. Le Comité territorial olympique et sportif de la Martinique traverse une phase décisive, et ce changement de direction pourrait bien marquer un tournant majeur pour les clubs, les ligues et l’ensemble du territoire.
Si beaucoup attendent un souffle neuf, peu imaginent l’ampleur des chantiers qui attendent Marie-Noëlle Catayée. Et pourtant, ce sont ces défis qui pourraient redessiner durablement le paysage sportif martiniquais.
Un territoire sportif fragilisé qui cherche à se redresser
La Martinique vit un moment clé pour son mouvement sportif. Après une année 2024 particulièrement difficile sur le plan financier, le Comité territorial olympique et sportif de la Martinique, le CTOSMA, tente de retrouver une stabilité indispensable à la bonne marche des ligues, des comités et des clubs. La situation est aujourd’hui en voie de redressement, mais les fondations restent fragiles.
Les clubs dépendent d’un écosystème cohérent pour fonctionner. Quand les financements manquent ou que les moyens logistiques sont insuffisants, la capacité à former, accompagner ou faire voyager les athlètes se réduit drastiquement. Les difficultés rencontrées par le CTOSMA en 2024 ont donc eu un impact direct sur les performances, la participation aux compétitions et même l’attractivité des clubs pour les jeunes.
Autre enjeu : plusieurs ligues sont encore privées de locaux depuis la fermeture de la Maison des sports. Une situation qui ralentit l’organisation des instances et limite la capacité à développer des projets structurants.
Dans ce contexte, la nouvelle présidente arrive à un moment décisif. Avant de lancer des initiatives ambitieuses, il faut d’abord consolider l’existant. Mais une fois cette base retrouvée, beaucoup reste à construire, et c’est justement là que ses priorités prennent tout leur sens.
Car si la situation progresse, il reste plusieurs urgences auxquelles il faut apporter une réponse concrète.
L’ambition claire de Marie-Noëlle Catayée : stabiliser, structurer et ouvrir de nouvelles perspectives
Fraîchement élue, Marie-Noëlle Catayée résume la situation d’une phrase simple : « Nous avons vraiment des chantiers importants à conduire ». Cette déclaration annonce un programme dense et structuré.
Sa première mission concerne la stabilité financière durable. L’objectif est de renforcer l’organisation interne du CTOSMA, de poursuivre les actions de formation destinées aux ligues, comités et clubs, et surtout d’éviter le retour à une situation critique comme celle vécue en 2024. Cette consolidation sera la pierre angulaire de son mandat.
Parmi les dossiers immédiats figure la question épineuse de l’octroi de mer. Aujourd’hui, l’achat d’équipements sportifs reste lourdement taxé, un frein majeur pour les structures qui manquent déjà de ressources. La présidente souhaite relancer le chantier de l’exonération sur ces équipements.
Autre sujet central : le coût du transport aérien des sportifs. Les billets d’avion représentent une part considérable des dépenses des clubs. Après avoir élaboré un cahier des charges pour les compagnies aériennes, le CTOSMA attend désormais leurs réponses. Une baisse des coûts permettrait d’offrir davantage d’opportunités aux athlètes martiniquais, notamment pour participer aux compétitions internationales.
À cela s’ajoute un volet social fort : l’ambition de renforcer la place du sport dans la lutte contre les violences et pour la cohésion sociale. Le contexte de la rentrée, marqué par une montée des tensions chez les jeunes, rend cette priorité encore plus stratégique.
Ce programme de début de mandat montre que le défi ne se limite pas à des réformes internes. Il s’agit d’un véritable projet de société auquel elle veut donner de l’ampleur.
Des actions concrètes pour ouvrir le sport martiniquais et structurer son avenir
Les prochaines étapes du CTOSMA ont été dessinées avec une série d’objectifs précis, allant de l’accès au sport jusqu’au rayonnement régional.
1. Résoudre la question des locaux pour les ligues
Plusieurs ligues sont toujours sans locaux depuis la fermeture de la Maison des sports. La présidente veut régler cette situation rapidement afin de redonner un cadre de travail stable aux instances sportives.
2. Attirer davantage de jeunes dans les clubs
Face à la montée des violences, le sport devient un outil essentiel. Marie-Noëlle Catayée souhaite travailler avec les collectivités pour encourager la pratique sportive dès la rentrée. L’objectif est clair : renforcer la cohésion sociale grâce aux clubs.
3. Anticiper le renouvellement des éducateurs sportifs
Une étude est déjà en cours sur les besoins en main-d’œuvre des ligues, comités et clubs. Le constat est sans appel : le vieillissement des éducateurs impose un renouvellement massif. Le CTOSMA veut proposer des formations adaptées aux jeunes Martiniquais, afin de maintenir la qualité de l’encadrement.
4. Renforcer la présence régionale
Le CTOSMA est membre de la CANOC (Caribbean Association of National Olympic Committees), et souhaite poursuivre son intégration dans l’espace caribéen. La difficulté : le financement des déplacements et de la participation aux événements. Une réflexion est engagée pour trouver de nouvelles sources, y compris privées.
5. Jeux caribéens en République dominicaine
Dès la fin juillet, une délégation martiniquaise participera aux Jeux caribéens. Cinq disciplines y seront représentées : tir, tir à l’arc, athlétisme, natation et beach-volley. C’est un moment clé pour la visibilité des athlètes martiniquais dans la région.
Ces actions visent à structurer l’avenir, mais des conseils pratiques et adaptations pourraient aider à les consolider.
Des pistes complémentaires pour renforcer les ambitions du CTOSMA
Au-delà des objectifs fixés, plusieurs leviers peuvent amplifier l’impact des actions envisagées par Marie-Noëlle Catayée.
Le tourisme sportif apparaît comme un axe majeur. Avec ses paysages naturels et son identité culturelle forte, la Martinique possède un potentiel pour accueillir des événements régionaux. Cela renforcerait non seulement son image de pays d’accueil, mais offrirait aussi des retombées économiques directes.
Le développement de partenariats publics-privés pourrait aussi jouer un rôle central. De nombreuses fédérations régionales ont déjà recours à ce modèle pour financer des compétitions, moderniser leurs équipements ou attirer des sponsors sensibles à l’impact social du sport.
Enfin, la montée en compétence des éducateurs sportifs pourrait s’étendre à des modules liés à l’inclusion, la prévention de la violence, le bien-être et l’encadrement des jeunes publics. Cette approche globale renforcerait l’image du sport comme outil de santé publique et de cohésion.
Ces pistes s’inscrivent dans la continuité des priorités du CTOSMA, mais ajoutent une dimension plus durable et ouverte.
Les écueils à éviter pour réussir ce tournant décisif
Plusieurs pièges pourraient freiner l’élan du nouveau mandat. L’un des principaux serait de surestimer les capacités financières du CTOSMA sans garantir le redressement complet entamé après 2024. La prudence reste indispensable.
Un autre risque concerne l’absence de coordination entre les acteurs : collectivités, institutions, clubs, éducateurs. Sans une gouvernance unifiée, les projets pourraient perdre en efficacité.
Enfin, l’enjeu du transport des sportifs reste sensible. Des négociations trop longues ou des réponses peu favorables des compagnies aériennes pourraient retarder les ambitions internationales du territoire.
Ces obstacles ne sont pas insurmontables, mais ils demandent une gestion rigoureuse et une mobilisation forte des acteurs locaux.
Le sport martiniquais entre dans une phase charnière. Les prochaines années seront décisives pour consolider les structures, attirer les jeunes et renforcer le rayonnement régional. Si les ambitions de Marie-Noëlle Catayée se concrétisent, le territoire pourrait voir émerger une véritable dynamique autour du sport, au bénéfice de tous.




