À peine ouverte, la saison de chasse 2026-2027 en Guadeloupe se retrouve déjà devant la justice. Derrière ce recours, les associations ne contestent pas seulement des dates ou des quotas. Elles mettent en cause la possibilité même de chasser certaines espèces lorsque leur situation reste insuffisamment connue.
Le tribunal administratif doit désormais trancher une demande urgente, alors que les chasseurs ont déjà repris leurs sorties dans l’archipel. La décision attendue au début de la semaine prochaine pourrait donc modifier très vite le cours de la saison.
Une saison ouverte mais déjà fragilisée par un recours en référé
Six associations de protection de l’environnement ont saisi le tribunal administratif cinq jours après l’ouverture de la chasse en Guadeloupe. Leur recours en référé vise à obtenir la suspension de l’arrêté préfectoral du 16 juillet 2026, qui autorise la saison 2026-2027.
L’audience s’est tenue le jeudi 30 juillet. Le référé est une procédure d’urgence. Il ne règle pas définitivement tout le litige, mais il permet au juge d’intervenir rapidement lorsqu’une décision administrative risque d’avoir des conséquences immédiates.
Dans ce dossier, l’enjeu est concret. La chasse est déjà ouverte et les prélèvements peuvent commencer avant que le tribunal se prononce sur le fond. Les associations veulent donc éviter qu’une saison se poursuive alors qu’elles estiment que certaines garanties environnementales ne sont pas réunies.
La Guadeloupe compte un peu plus de 2 000 licenciés susceptibles de chasser dans l’archipel et dans les îles du Nord. La saison a notamment commencé avec la tourterelle et le pigeon ramier. Sur le terrain, en Grande-Terre, cette ouverture a déjà relancé une activité très attendue par les passionnés.
Mais pour les requérants, l’habitude ou l’existence de pratiques locales ne suffisent pas. Leur argumentation repose sur deux points précis : le manque de données sur le pigeon à cou rouge et la protection des oiseaux pendant la nidification. C’est cette distinction qui se trouve au cœur du débat judiciaire.
Le cœur du recours : précaution pour le pigeon à cou rouge et protection de la nidification
Le premier argument concerne le pigeon à cou rouge. L’avocate des six associations soutient que les connaissances scientifiques disponibles ne permettent pas d’établir avec suffisamment de fiabilité l’état de sa population.
Le problème ne porterait donc pas seulement sur le nombre d’oiseaux qui pourraient être prélevés. Il porterait d’abord sur l’absence de suivi précis. Sans savoir si la population augmente, diminue ou se stabilise, il devient difficile d’évaluer l’effet d’une chasse annuelle.
L’avocate évoque des quotas possibles de 10 000 ou 15 000 individus chassables par an. Selon son raisonnement, personne ne peut mesurer sérieusement l’impact d’un tel prélèvement si l’état de conservation de l’espèce demeure inconnu.
Les associations invoquent alors le principe de précaution. Elles s’appuient sur une logique attribuée à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, reprise selon elles par le Conseil d’État : lorsque les données ne permettent pas d’assurer qu’une chasse ne nuira pas à une population, l’autorisation ne devrait pas être maintenue.
Le second argument vise la colombe à couronne. Ici, le raisonnement juridique est différent. Il ne s’agit pas principalement d’un manque de suivi scientifique, mais d’une interdiction inscrite dans le Code de l’environnement.
Ce code interdit la chasse d’une espèce lorsqu’elle se trouve en période de nidification ou lorsque les jeunes oiseaux restent dépendants des adultes. Pour les associations, il faut donc vérifier si les conditions de chasse autorisées respectent réellement cette protection. La décision du juge dépendra de l’appréciation de ces éléments et de l’urgence invoquée.
Ce que les associations demandent concrètement au tribunal administratif
Les six associations ne demandent pas au tribunal de réécrire toute la réglementation de la chasse en Guadeloupe. Leur objectif immédiat est plus ciblé : suspendre l’arrêté préfectoral du 16 juillet qui encadre la saison 2026-2027.
Une suspension aurait pour effet de stopper, au moins provisoirement, l’application de l’arrêté concerné. C’est pourquoi le calendrier compte autant. La requête a été déposée après seulement cinq jours de chasse, précisément pour que le juge puisse intervenir avant que la saison ne se poursuive trop longtemps.
Les associations estiment que l’incertitude scientifique sur le pigeon à cou rouge doit conduire à l’absence de chasse. Elles considèrent aussi que la protection de la colombe à couronne doit être appliquée strictement pendant la reproduction et l’élevage des jeunes.
Dans une procédure de référé, les arguments sont présentés rapidement devant le tribunal. Les juges examinent notamment les éléments versés au dossier, les règles applicables et les conséquences d’une éventuelle suspension. La décision a été mise en délibéré au début de la semaine suivante.
Pour les observateurs, ce dossier rappelle qu’un arrêté préfectoral n’est pas une simple formalité administrative. Il doit concilier une activité de loisir encadrée, les règles du Code de l’environnement et la conservation des espèces sauvages.
- Identifier l’espèce concernée : le recours distingue clairement le pigeon à cou rouge de la colombe à couronne.
- Évaluer les données disponibles : les associations reprochent l’insuffisance du suivi scientifique du pigeon à cou rouge.
- Vérifier la période biologique : pour la colombe à couronne, la nidification et la dépendance des oisillons sont déterminantes.
- Demander une mesure immédiate : le référé vise une suspension rapide de l’arrêté préfectoral pendant que le débat judiciaire se poursuit.
Cette méthode montre que tous les arguments ne reposent pas sur la même règle. L’un concerne l’incertitude sur les effectifs, l’autre une interdiction liée au cycle de reproduction.
Les chasseurs présents à l’audience dénoncent un débat déséquilibré
L’audience a été suivie par une dizaine de chasseurs. Leur présence illustre l’importance de la décision pour les personnes qui pratiquent cette activité dès l’ouverture de la saison.
Du côté des chasseurs, le climat est marqué par la déception et la colère. Maurice Phillis, porte-parole des chasseurs sentinelles, a regretté que les défenseurs de la chasse ne soient pas suffisamment représentés lors de l’audience.
Il a notamment mis en cause l’absence de responsables de son association, qu’il estimait devoir être présents pour défendre les chasseurs. Il a aussi dénoncé une situation où, à ses yeux, l’avocate des opposants à la chasse était la seule à porter clairement une position, tandis que la DEAL ne s’exprimait pas.
Cette réaction révèle une autre dimension du dossier : au-delà des espèces et des quotas, les chasseurs demandent à être entendus dans une controverse qui touche directement leur pratique. Ils voient dans cette procédure la possibilité d’une saison écourtée quelques jours seulement après son lancement.
Le désaccord ne se limite donc pas à une opposition abstraite entre protection de la nature et chasse. Il porte aussi sur la qualité des données scientifiques, l’interprétation des règles et la place des usagers lors des décisions publiques. Reste à savoir comment le juge appréciera l’urgence et les moyens avancés.
Les points à ne pas confondre dans ce dossier de chasse en Guadeloupe
Premier point essentiel : le recours ne signifie pas que la chasse est automatiquement interdite. Au moment de l’audience, les associations demandaient une suspension. Le tribunal administratif a placé sa décision en délibéré, ce qui signifie qu’aucune décision n’avait encore été rendue.
Deuxième point : les deux espèces évoquées ne relèvent pas du même argument. Pour le pigeon à cou rouge, les associations mettent en avant l’absence de connaissance suffisante sur la population. Pour la colombe à couronne, elles invoquent les règles interdisant la chasse pendant la nidification et la dépendance des jeunes.
Enfin, un quota ne constitue pas à lui seul une garantie de durabilité. Selon l’argument développé par les requérants, un chiffre de 10 000 ou de 15 000 prélèvements ne peut être évalué sans données sérieuses sur les effectifs de départ.
La décision attendue au début de la semaine prochaine donnera une première réponse judiciaire à cette confrontation. Elle dira surtout si l’arrêté préfectoral peut continuer à produire ses effets pendant la saison.
Dans l’immédiat, le débat place le suivi des populations d’oiseaux au centre de la chasse en Guadeloupe. Pour les associations comme pour les chasseurs, l’issue du référé pourrait peser bien au-delà des premiers jours de la saison 2026-2027.




