Sur des parcelles presque sans herbe, plusieurs équidés auraient atteint un niveau de maigreur alarmant. L’intervention menée à Saint-François a déclenché une réponse judiciaire immédiate, tandis que les animaux concernés commencent désormais une phase délicate de soins.
Au-delà de cette opération, le témoignage d’une ancienne monitrice d’équitation décrit des difficultés qui se seraient installées sur une longue période. Alimentation, suivi vétérinaire, blessures et équipements sont au cœur des faits examinés.
À Saint-François, une intervention face à une dénutrition avancée
Les 3 et 4 septembre, des agents de la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, la DAAF, sont intervenus à Saint-François. Cette opération a été menée sur réquisition de la gendarmerie.
Sur place, les services ont constaté que plusieurs équidés se trouvaient dans un état de dénutrition particulièrement avancé. Les chevaux étaient maintenus sur des parcelles présentant très peu de végétation et, selon les éléments rapportés, très peu de nourriture disponible.
Pour un cheval, l’accès à une alimentation adaptée est essentiel au maintien de l’état corporel, de l’énergie et de la santé digestive. Un terrain sans ressource fourragère ne peut pas, à lui seul, répondre aux besoins quotidiens d’un équidé, surtout lorsque celui-ci travaille ou effectue des sorties régulières.
La situation observée a été jugée suffisamment grave pour nécessiter une mesure rapide. Le parquet de Pointe-à-Pitre a donc ordonné une saisie pénale immédiate. Cette décision ouvre une étape judiciaire, mais elle permet aussi de soustraire sans délai les animaux à leurs conditions de détention.
Cette opération ne se limite toutefois pas au constat réalisé en septembre. Une ancienne salariée de l’établissement affirme que des signes préoccupants existaient déjà bien avant l’intervention.
Six chevaux retirés et confiés à l’OABA pour être soignés
Six chevaux ont été retirés à leur propriétaire dans le cadre de la saisie décidée par le parquet de Pointe-à-Pitre. Ils ont été confiés à l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs, l’OABA, une structure chargée ici de leur prise en charge.
Les animaux bénéficient désormais d’un suivi vétérinaire et de soins adaptés à leur état. Cette phase est déterminante pour des chevaux très amaigris, car la récupération doit tenir compte de leur santé générale, de leur alimentation et, le cas échéant, de pathologies déjà présentes.
L’enquête pénale se poursuit sous la direction du parquet de Pointe-à-Pitre. Elle devra établir précisément dans quelles circonstances les six équidés ont été détenus et s’il y a eu des manquements concernant leur nourriture, leurs soins ou leurs conditions de vie.
| Élément | Informations connues |
|---|---|
| Lieu de l’intervention | Saint-François, en Grande-Terre |
| Dates | Les 3 et 4 septembre |
| Services intervenants | DAAF, sur réquisition de la gendarmerie |
| Décision judiciaire | Saisie pénale immédiate ordonnée par le parquet de Pointe-à-Pitre |
| Animaux retirés | Six chevaux |
| Prise en charge | OABA, avec suivi vétérinaire et soins adaptés |
Si la saisie répond à l’urgence, les témoignages recueillis soulèvent aussi la question des pratiques quotidiennes qui auraient pu conduire à cette dégradation.
Des rations jugées inadaptées aux besoins de chaque équidé
Marine Lotterie, ancienne monitrice d’équitation dans l’établissement concerné, affirme avoir observé des chevaux déjà très maigres à son arrivée, environ un an et demi auparavant. Selon elle, les rations distribuées ne tenaient pas suffisamment compte de la morphologie, de l’activité ou de l’état de santé de chaque animal.
Elle décrit notamment une situation où de petits poneys peu sollicités auraient reçu un apport nutritionnel comparable à celui d’un grand cheval pur-sang. Or, ce dernier effectuait, d’après son témoignage, deux balades de deux heures par jour et était plus difficile à entretenir sous le climat guadeloupéen.
Les besoins d’un poney au repos et ceux d’un cheval de travail ne sont pas équivalents. La ration doit en principe être ajustée selon le poids, l’âge, l’activité physique, l’état corporel, l’accès au fourrage et les éventuels troubles médicaux.
L’ancienne monitrice affirme avoir tenté de réorganiser les distributions avec les moyens disponibles. Certains chevaux trop maigres auraient été écartés des balades, tandis que leur alimentation aurait été davantage ciblée sur leurs besoins.
Elle soutient cependant que ces efforts ne suffisaient pas à résoudre les difficultés de fond. Le problème, selon son récit, concernait autant l’alimentation que l’accès aux soins et le suivi quotidien des chevaux.
Soins vétérinaires, blessures et matériel : les alertes évoquées
Marine Lotterie affirme avoir dû effectuer de nombreuses relances pour obtenir une prise en charge vétérinaire. Elle évoque le cas d’une jument dont l’état de santé se serait fortement dégradé, pour laquelle elle dit avoir insisté afin qu’un vétérinaire intervienne.
Elle cite aussi Ramses, un cheval placé à la retraite. Selon son témoignage, elle l’aurait retrouvé dans un état préoccupant et aurait dû se mobiliser personnellement pour obtenir les soins nécessaires.
Les difficultés décrites ne porteraient donc pas seulement sur la quantité de nourriture. Elles concerneraient aussi les consultations vétérinaires, les soins dentaires, l’organisation des traitements et la réactivité face à l’état de certains animaux.
L’ancienne monitrice rapporte également des blessures récurrentes. Elle met notamment en cause des clôtures métalliques qui auraient rouillé avec le temps et sur lesquelles certains chevaux auraient pu se blesser.
- Des plaies importantes auraient été observées au poitrail, à la joue ou aux oreilles.
- L’état du sol de la carrière est également dénoncé dans son témoignage.
- Le matériel destiné aux cavaliers aurait présenté des défaillances.
- Une jeune cliente aurait chuté pendant une balade après la rupture d’une étrivière.
Ces éléments relèvent du témoignage de l’ancienne salariée. Ils devront être confrontés aux vérifications et aux conclusions de l’enquête pénale en cours.
Pourquoi l’activité et le gabarit changent entièrement la ration
Un cheval n’est pas alimenté selon une règle unique. Son gabarit, son métabolisme, son âge, son travail et son accès à l’herbe doivent guider la composition de sa ration. Un pur-sang qui enchaîne les promenades n’a pas les mêmes dépenses énergétiques qu’un petit poney peu actif.
Le fourrage, comme l’herbe ou le foin, constitue une base importante pour l’équidé. Lorsque les parcelles sont presque dépourvues de végétation, une complémentation adaptée devient indispensable. Elle doit être progressive et suivie, particulièrement chez un cheval dénutri.
Un amaigrissement marqué peut aussi nécessiter une évaluation vétérinaire. L’état des dents, les troubles digestifs, la présence de parasites, une douleur ou une maladie peuvent affecter l’ingestion et l’assimilation des aliments.
Dans cette affaire, l’ancienne monitrice évoque justement un cheval nécessitant des soins réguliers en raison de problèmes digestifs. Elle indique que cet équidé présentait une maigreur particulièrement importante lors de l’intervention.
Mais une ration théoriquement suffisante ne remplace jamais une surveillance réelle. Les blessures, l’état des clôtures et la qualité du matériel font aussi partie de la protection quotidienne des chevaux.
Des signalements successifs avant l’intervention des autorités
Face à ce qu’elle dit avoir constaté pendant des mois, Marine Lotterie affirme avoir réalisé plusieurs signalements. Elle dit avoir contacté les services vétérinaires, puis s’être rendue à la gendarmerie afin de témoigner de la situation.
D’après son récit, les gendarmes l’auraient recontactée dès le lendemain pour l’informer d’une opération conjointe avec la DAAF. Les services vétérinaires et les militaires se sont ensuite déplacés afin de procéder à des vérifications sur place.
L’ancienne salariée indique aussi avoir rencontré des difficultés de paiement de son salaire. Elle affirme avoir été réglée à plusieurs reprises en plusieurs versements et avec des retards, avant de cesser de travailler dans l’établissement.
Elle précise néanmoins que cet aspect n’est pas à l’origine de son signalement concernant les chevaux. Sa décision de partir serait avant tout liée à un désaccord profond avec la manière dont les animaux étaient, selon elle, pris en charge.
La suite dépendra désormais de l’enquête conduite sous l’autorité du parquet de Pointe-à-Pitre. Pour les six chevaux confiés à l’OABA, l’enjeu immédiat reste leur stabilisation, leur suivi vétérinaire et le temps nécessaire à leur rétablissement.




