À quelques mètres seulement de l’axe routier le plus fréquenté de Guadeloupe, un chantier discret modifie une infrastructure essentielle au trafic aérien. Sous la Rivière Salée, des équipes font progresser un ouvrage qui doit éviter toute fragilité sur l’alimentation en carburant de l’aéroport Guadeloupe Maryse Condé.
Le projet ne consiste pas à interrompre le service, mais à déplacer une portion sensible du réseau. Son enjeu est double : maintenir les livraisons de kérosène et réduire l’exposition de la canalisation à un environnement naturel particulièrement délicat.
Pourquoi ce chantier est stratégique pour l’aéroport Maryse Condé
L’aéroport international Guadeloupe Maryse Condé, situé aux Abymes, est alimenté en kérosène depuis Jarry, à Baie-Mahault. Le carburant part du site de la Société anonyme de raffinerie des Antilles, la SARA, puis circule dans un pipeline jusqu’à la zone aéroportuaire.
Cette continuité d’approvisionnement est indispensable au fonctionnement des vols. Une canalisation de ce type doit donc être surveillée, entretenue et adaptée lorsque son tracé traverse des secteurs sensibles ou lorsque les retours d’expérience imposent de renforcer sa protection.
Le tronçon concerné par l’opération datait de plus de trente ans. Une partie de son parcours passait dans la mangrove, un milieu naturel côtier à préserver. Le nouveau projet doit justement libérer une large part de cette ancienne section.
Le chantier est installé depuis plusieurs semaines entre l’entrée de Jarry et le pont de la Gabarre. Il se déroule à proximité immédiate de la route nationale 1, sans être particulièrement visible depuis la chaussée. Cette discrétion ne doit pas masquer la complexité technique de l’intervention.
Avant le démarrage effectif des travaux, les sols ont été étudiés pendant plus d’un an. Cette phase de préparation était nécessaire pour définir un passage fiable sous la Rivière Salée. Mais le point le plus impressionnant reste encore à venir : le franchissement souterrain du cours d’eau.
La réponse : un passage à 12 mètres sous la Rivière Salée
Le pipeline de kérosène est dévié grâce à un nouveau tronçon enterré sous le lit de la Rivière Salée. Plus de 400 mètres de tuyauterie doivent être insérés à environ 12 mètres de profondeur. Le choix de cette profondeur vise à sécuriser le franchissement de la rivière.
Les équipes sont actuellement dans la phase de forage. Elle avait commencé depuis deux semaines lors du point d’étape réalisé le mardi 4 août 2026. Malgré une météo défavorable et des pluies ayant perturbé le chantier, les travaux de forage se poursuivaient alors dans des conditions jugées satisfaisantes.
Le tube progresse depuis le côté Baie-Mahault en direction de la Grande-Terre. Une fois la tuyauterie arrivée de l’autre côté de la Rivière Salée, l’opération ne sera pas terminée. Les équipes devront ensuite raccorder cette nouvelle section au tronçon existant qui alimente l’aéroport, aux Abymes.
Au total, le programme prévoit l’installation de près de 900 mètres de nouvelles canalisations. Les 400 mètres placés sous la rivière constituent donc la séquence la plus spectaculaire, mais pas l’ensemble de l’ouvrage.
Selon Fabrice Elie Dit Cosaque, directeur qualité, hygiène, sécurité, sûreté, environnement et inspection de la SARA, le nouveau tronçon intègre des revêtements spécifiques. Ils tiennent compte des enseignements tirés de l’exploitation des canalisations. L’objectif annoncé est de garantir une livraison permanente de kérosène tout en limitant l’impact environnemental.
Comment les travaux se déroulent jusqu’à la mise en service
La déviation ne se limite pas à creuser une tranchée et à poser des tuyaux. Le projet suit plusieurs étapes, car il faut franchir la Rivière Salée sans perturber inutilement son lit ni les espaces de mangrove proches de l’ancien tracé.
Préparer le terrain et surveiller les conditions du sol
- Analyser les sols : cette étape a mobilisé plus d’un an de préparation afin de connaître les contraintes géologiques et d’adapter le passage souterrain.
- Installer le chantier : les équipements ont pris place entre Jarry et le pont de la Gabarre, dans le secteur de Baie-Mahault.
- Maintenir une vigilance continue : la proximité de la route nationale 1, les pluies et la nature du terrain imposent un suivi constant pendant toute la durée de l’opération.
Forer, insérer la canalisation puis raccorder le réseau
- Forer sous la Rivière Salée : le passage est créé à environ 12 mètres sous le lit de la rivière, à l’écart de la surface.
- Faire progresser plus de 400 mètres de tuyauterie : cette portion est insérée sous la rivière jusqu’au côté Grande-Terre.
- Installer près de 900 mètres de canalisations neuves : le programme comprend l’ensemble du nouveau tracé, et non le seul franchissement souterrain.
- Raccorder le nouveau tronçon : une fois le tuyau arrivé sur l’autre rive, il doit être relié à la conduite existante en direction du site aéroportuaire des Abymes.
La livraison de l’ouvrage est annoncée pour la fin de l’année 2026. D’ici là, le chantier reste une intervention sensible, car la sécurité du réseau doit aller de pair avec la continuité d’approvisionnement de l’aéroport.
Un nouveau tracé pensé pour la sécurité et l’environnement
Le principal changement est le déplacement d’une partie du pipeline hors de la mangrove. Cette évolution répond à deux préoccupations liées : protéger davantage une infrastructure de carburant et réduire les contraintes associées à son ancien environnement de passage.
Le franchissement profond sous la Rivière Salée apporte une protection supplémentaire au réseau. La conduite est placée sous le lit de la rivière, au lieu de dépendre d’un cheminement plus exposé dans les zones naturelles voisines.
La SARA insiste aussi sur les revêtements spécifiques du nouveau tronçon. Sans détailler leur composition, l’entreprise indique qu’ils résultent des retours d’expérience accumulés sur ce type d’infrastructure. Cela signifie que la modernisation ne porte pas uniquement sur le tracé, mais également sur la conception de la tuyauterie.
Le projet est donc à la fois un chantier de travaux publics, un enjeu de transport aérien et un sujet de protection environnementale. Il concerne directement les carburants, l’économie locale et la fiabilité logistique de l’archipel.
Reste toutefois une phase décisive : un ouvrage bien foré doit encore être correctement relié au pipeline déjà en service.
Ce qu’il faut surveiller avant la fin de 2026
La phase de raccordement sera déterminante. Le nouveau tube ne pourra remplir son rôle qu’après son intégration au tronçon existant reliant Jarry aux Abymes. Le forage sous la rivière est donc une avancée majeure, mais il ne représente qu’une partie du calendrier.
La météo constitue aussi un facteur concret. Le 4 août 2026, la pluie avait déjà compliqué la poursuite des opérations. Dans un chantier de cette nature, les conditions de terrain nécessitent une vigilance constante, même après une préparation longue.
Enfin, il ne faut pas confondre le linéaire sous la Rivière Salée avec le projet total. Plus de 400 mètres sont destinés au passage souterrain, tandis que près de 900 mètres de canalisations neuves doivent être posés au total.
Le coût global de cette déviation s’élève à 4 millions d’euros. À l’issue des travaux, la nouvelle conduite doit permettre d’assurer durablement l’acheminement du kérosène vers l’aéroport Maryse Condé, tout en laissant derrière elle une partie du tracé historique en mangrove.



