Sur Ambae, le calme apparent du Manaro Voui ne signifie pas le retour à la normale. Les habitants font face à une urgence plus silencieuse que les explosions du volcan, mais tout aussi déterminante pour leur quotidien. Dans l’ouest de l’île, chaque réserve compte alors que la pluie se fait attendre.
Les cendres ont abîmé les cultures et fragilisé les points d’eau. Une accalmie volcanique peut donc laisser place à une autre crise, celle de l’eau potable.
À Ambae, les conséquences du volcan dépassent largement le cratère
Ambae est une île du Vanuatu, située au nord d’Efate, où le volcan Manaro Voui rythme la vie des villages. Son réveil, intervenu à la mi-février après près de dix années de sommeil, a remis cette menace au premier plan.
Pour les habitants, le danger ne vient pas uniquement des projections ou des panaches de cendres. Les retombées volcaniques atteignent les jardins, les toitures, l’air respiré et les réserves d’eau. Or, beaucoup de familles dépendent de puits qu’elles ont elles-mêmes creusés.
Ces puits sont principalement alimentés par l’eau de pluie. Quand les précipitations cessent pendant plusieurs mois, leurs niveaux baissent fortement. Lorsque des cendres contaminent certains d’entre eux, l’accès à une eau sûre devient encore plus incertain.
La situation est particulièrement préoccupante dans l’ouest d’Ambae. Cette zone ne dispose pas de rivière pour répondre aux besoins des villages. Les habitants doivent alors préserver l’eau disponible pour boire et utiliser l’eau saumâtre du bord de mer pour d’autres usages.
Cette contrainte quotidienne s’ajoute aux pertes agricoles et à l’inquiétude liée à une possible reprise du Manaro Voui. Mais les observations réalisées sur le terrain apportent aussi des éléments pour comprendre ce qui se joue.
Le Manaro Voui connaît une accalmie, mais ses cendres continuent de peser
Le volcan Manaro Voui n’est pas entré en éruption de façon continue au cours des huit derniers mois observés. Selon le volcanologue Philipson Bani, originaire d’Ambae et chercheur à l’Institut de recherche pour le développement, l’IRD, à Nouméa, son activité alterne entre périodes intenses, accalmies et reprises.
Philipson Bani a effectué plusieurs déplacements sur son île natale afin de mesurer cette activité. Il a notamment gravi le volcan au début du mois de septembre, lorsque l’activité s’était calmée, pour s’approcher au plus près du cratère.
En 2017, le Manaro Voui avait connu quatre phases d’activité. Durant l’année évoquée, le scientifique estime plutôt que le volcan a traversé trois phases. En septembre, il considérait que l’édifice se trouvait dans une phase d’accalmie, avec une activité possiblement proche de sa fin.
Cette évolution ne suffit pourtant pas à effacer les dégâts. Les populations vivant dans un rayon de dix kilomètres autour du cratère ont vu leurs cultures vivrières dégradées par les cendres. Le kava, devenu une source importante de revenus, a été particulièrement touché.
Les choux kanak et les bananes ont également souffert. Les tarots semblent en revanche mieux résister aux retombées volcaniques. Cette observation plaide pour privilégier cette culture dans les zones les plus exposées. Reste que l’agriculture ne peut se maintenir sans eau disponible et non contaminée.
La sécheresse transforme l’eau potable en priorité absolue
Le manque de pluie constitue le cœur de l’urgence actuelle. Philipson Bani alerte sur une sécheresse qui dure depuis plusieurs mois. Les puits communautaires, normalement remplis par les pluies, affichent des niveaux très bas.
Dans l’ouest d’Ambae, les villageois doivent d’abord protéger l’eau douce destinée à la boisson. Pour la toilette, le nettoyage ou d’autres besoins domestiques, certains se tournent vers l’eau saumâtre disponible près du littoral. Cette solution de repli souligne l’absence d’alternative immédiate.
Les retombées de cendres aggravent la crise. Certains puits ne sont plus utilisables car ils ont été contaminés. La difficulté n’est donc pas seulement de disposer d’eau en quantité suffisante. Il faut aussi garantir une eau potable, c’est-à-dire adaptée à la consommation humaine.
Le scientifique formule une alerte précise : si la pluie ne revient pas dans les deux mois, le problème pourrait devenir très grave. Sur une île volcanique, une telle pénurie touche rapidement la santé, l’hygiène, l’alimentation et la capacité des familles à rester dans leurs villages.
Face à cette situation, les habitants ont identifié eux-mêmes une piste concrète. Elle se situe loin des puits affectés et pourrait offrir une ressource plus sûre. Mais son exploitation exige des infrastructures adaptées.
Une source souterraine et une foreuse pour sécuriser l’approvisionnement
Les habitants d’Ambae ont signalé l’existence d’une source d’eau dans les montagnes du nord-ouest de l’île. Cette ressource naturelle souterraine ne serait pas touchée par les retombées de cendres. Son emplacement constitue toutefois un obstacle majeur, car l’accès est difficile.
D’après les photographies prises par la population, cette source pourrait fournir de l’eau à une large part des villages situés près du volcan. La solution envisagée repose sur un système de captage, puis sur l’installation de canalisations pour acheminer l’eau jusqu’aux communautés.
Un tel réseau éviterait aux habitants de dépendre uniquement des puits de pluie. Il réduirait aussi l’exposition à l’eau saumâtre ou aux réserves contaminées par les cendres. Le besoin est donc double : atteindre une ressource protégée et la distribuer de manière fiable.
Une aide extérieure a été annoncée. Les médias locaux ont indiqué, un vendredi, que la Chine avait répondu à une demande urgente du Conseil des chefs. Elle a acquis une foreuse de puits destinée aux communautés de l’ouest d’Ambae.
| Équipement annoncé | Objectif | Montant indiqué |
|---|---|---|
| Foreuse de puits | Accéder à des sources d’eau potable plus sûres et plus fiables | 5 millions de vatu, soit un peu plus de 4 millions de francs |
La foreuse peut aider à rechercher et exploiter des réserves mieux protégées. Mais les villages auront aussi besoin d’équipements de stockage et de tuyaux si l’eau de la source montagneuse doit atteindre les zones habitées. Un autre risque impose enfin de rester très prudent.
Les cendres dans l’air et le risque de lahar restent à surveiller
Le retour de pluies serait une bonne nouvelle pour les puits et les cultures. Il pourrait pourtant déclencher un danger volcanique bien connu : le lahar. Ce terme désigne une coulée de boue d’origine volcanique, formée d’eau, de roches et de cendres.
En 2017, une éruption majeure du Manaro Voui avait entraîné la fuite des populations. Les habitants avaient également subi les effets dévastateurs de lahars. Les dépôts de cendres encore présents sur l’île peuvent être mobilisés brutalement par de fortes pluies.
La recommandation est donc claire : ne pas s’approcher des creeks, ni des zones où les lahars peuvent s’écouler, en cas de précipitations importantes. Ces couloirs naturels peuvent concentrer rapidement l’eau et les matériaux volcaniques.
L’absence de pluie pose aussi un problème immédiat pour la qualité de l’air. Les cendres restent présentes au sol et, dès que le vent se lève, l’atmosphère peut devenir chargée en particules. L’accalmie du volcan ne signifie donc pas la disparition de toutes les nuisances.
La surveillance scientifique garde toute son importance. Philipson Bani a récolté des échantillons durant l’année, auxquels doivent s’ajouter ceux prélevés au cours du mois concerné. Leur analyse permettra de mieux comprendre les cycles du Manaro Voui.
Comprendre deux mille ans d’activité pour mieux anticiper les crises
Les données collectées doivent être compilées afin d’établir une synthèse de l’activité du volcan sur deux mille ans. Une thèse est également en cours de rédaction pour mieux comprendre le fonctionnement du Manaro Voui et, peut-être, anticiper son prochain réveil.
Cette recherche ne répond pas à elle seule à la pénurie d’eau. Elle permet néanmoins de mieux préparer les villages d’Ambae aux périodes où l’activité volcanique, les cendres, la sécheresse et les pluies intenses se succèdent.
À court terme, l’enjeu reste concret : protéger l’eau de boisson, sécuriser les puits et raccorder les villages à une ressource fiable. Sur Ambae, la réponse à la crise ne se trouve pas seulement au sommet du volcan, mais aussi dans chaque point d’eau accessible aux habitants.




