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Trafics en Guyane : le ministre David Amiel dévoile la stratégie pour contrer les réseaux qui s’adaptent à chaque blocage

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À Saint-Laurent-du-Maroni, la lutte contre les trafics ne se joue pas à un seul point de passage. Elle se déplace entre le fleuve Maroni, les routes, le port et les criques, au rythme des réseaux. Face à des trafiquants capables de changer d’itinéraire après chaque contrôle, le ministre David Amiel mise sur une réponse plus mobile et coordonnée.

Le 4 août 2026, le ministre de l’Action et des Comptes publics a choisi de rejoindre l’Ouest guyanais par la route. Un choix symbolique pour défendre une stratégie fondée sur la présence concrète des services de l’État, loin des seuls dispositifs fixes.

À Saint-Laurent-du-Maroni, une frontière qui concentre tous les trafics

La frontière entre la Guyane et le Suriname est traversée en continu par des pirogues, de jour comme de nuit. Le Maroni constitue un axe de circulation essentiel pour les personnes et les marchandises. Cette réalité rend les contrôles complexes, notamment dans une ville-frontière comme Saint-Laurent-du-Maroni.

David Amiel a débuté sa matinée au poste de contrôle routier de Margot, à l’entrée de la ville. Sous une tente, un commandant de gendarmerie lui a présenté les résultats des contrôles et des saisies effectués sur cet axe.

Au bord du fleuve, les douaniers ont exposé des paquets de cigarettes, des sacs de produits contrefaits et des scellés liés aux stupéfiants. Ces objets illustrent la diversité des flux surveillés : contrebande de tabac, cocaïne, cannabis, armes, argent liquide, contrefaçons et circulation irrégulière de personnes.

Le ministre défend le plan Douane 2030, qui prévoit un renforcement des moyens humains, technologiques et opérationnels de l’administration douanière. L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à arrêter des marchandises. Il s’agit d’empêcher les réseaux de diffuser leurs activités vers le reste du territoire guyanais.

Cette pression est nécessaire car les organisations criminelles changent vite leurs méthodes. Reste à savoir comment l’État compte éviter que les réseaux ne contournent simplement chaque poste de contrôle.

La stratégie annoncée : contrôler le fleuve, puis intercepter plus loin

La réponse de David Amiel repose sur une défense en profondeur. Le principe est de ne pas concentrer tous les moyens sur la rive du Maroni ou sur un unique barrage routier. Les services doivent pouvoir repérer les trafics à plusieurs niveaux.

À la gare fluviale de Saint-Laurent-du-Maroni, le ministre a embarqué sur une vedette de la police aux frontières, équipé d’un gilet de sauvetage. Il a constaté l’ampleur des traversées entre la rive française et la rive surinamaise.

Chaque service dispose d’un rôle précis dans ce dispositif commun :

  • La police nationale intervient principalement sur les questions d’immigration.
  • La gendarmerie nationale assure notamment la surveillance du fleuve Maroni et des axes terrestres.
  • La douane cible les marchandises, la contrebande, les stupéfiants, les armes et la contrefaçon.

Cette coordination s’appuie sur l’opération conjointe Atipa, lancée en 2024. David Amiel lui attribue des progrès considérables dans le contrôle des flux fluviaux.

La logique est aussi opérationnelle. Un contrôle sur le fleuve peut signaler un mouvement suspect. Un second contrôle, installé plus loin sur la RN1 ou dans l’arrière-pays, peut ensuite intercepter les produits avant leur arrivée vers Cayenne ou d’autres zones habitées.

Le ministre résume cette adaptation par une formule claire : quand une porte se ferme, les trafiquants cherchent une autre entrée. C’est pourquoi les points fixes doivent désormais être complétés par des contrôles imprévisibles.

Les chiffres présentés à Margot et sur le Maroni

Les résultats communiqués lors de la visite donnent une mesure de l’activité du poste de Margot. Pour 2026, les services y ont contrôlé 100 000 personnes et 79 000 véhicules.

Indicateur présenté pour 2026Résultat
Personnes contrôlées100 000
Véhicules contrôlés79 000
Personnes inscrites au fichier des personnes recherchées549
Étrangers en situation irrégulière remis à la police aux frontières297
Cannabis saisi5 kilos
Cocaïne saisie12 kilos
Armes à feu saisies19
Cartouches de cigarettes saisies1 000
Articles de contrefaçon saisis1 200
Argent liquide saisi35 000 euros

Sur le fleuve, l’opération Atipa contrôle entre 600 et 800 pirogues. Selon l’entourage du ministre, elle a permis de relever 115 infractions liées aux stupéfiants.

Les contrôles fluviaux ont aussi conduit à la saisie de près de 140 kilos de tabac et de 600 grammes d’or. Ces données soulignent l’importance des trafics de marchandises, au-delà de la seule cocaïne.

Mais un dispositif efficace sur le Maroni peut déplacer la pression vers les routes, les ports et l’espace maritime. C’est précisément là que le ministre veut repositionner certains outils.

Un scanner lourd au port pour rendre le scanner mobile aux routes

L’annonce centrale concerne le grand port maritime de Guyane, à Cayenne. David Amiel a confirmé qu’un scanner lourd y sera installé, après l’avoir annoncé la veille de sa visite à Saint-Laurent-du-Maroni.

Ce nouvel équipement doit permettre de contrôler les conteneurs directement au port. Il libérera ainsi le scanner mobile actuellement mobilisé pour cette mission, afin de le redéployer sur les axes routiers menant vers Cayenne.

L’objectif est double. Le port devient un point de contrôle renforcé pour les cargaisons maritimes. En parallèle, les routes peuvent faire l’objet de vérifications mobiles, moins faciles à anticiper pour des trafiquants habitués à surveiller les postes permanents.

David Amiel n’a annoncé aucune autre mesure spécifique dans l’Ouest guyanais lors de cette séquence. Sa priorité affichée reste donc la mobilité des contrôles et le redéploiement des moyens existants.

Cette orientation est liée aux résultats attribués au dispositif 100 % contrôle de l’aéroport Félix-Éboué. Selon le ministre, cette mesure aurait divisé par dix le trafic de stupéfiants dans l’aéroport.

Pour lui, cette baisse représente autant de vies protégées. Il évoque les consommateurs exposés aux drogues, mais aussi les mules. Ces personnes transportent des stupéfiants pour les réseaux et peuvent être manipulées, exploitées ou mises directement en danger.

Le contrôle aérien ne suffit toutefois pas à régler le problème. Les réseaux peuvent se reporter vers le fret portuaire, la mer, les itinéraires routiers ou les criques isolées.

Mer, criques et coopération : les autres leviers prévus en Guyane

La surveillance doit aussi gagner la haute mer. David Amiel annonce un renforcement de la présence maritime dans la zone Antilles-Guyane, avec le déploiement d’avions patrouilleurs.

Cette dimension maritime répond à un risque de déplacement des trafics. Lorsqu’un aéroport est étroitement contrôlé, les filières cherchent d’autres voies. Le port, la navigation côtière et les passages plus discrets deviennent alors des espaces à surveiller.

La consigne donnée à la douane est de rester mobile. Les contrôles surprises doivent empêcher les réseaux de bâtir leurs itinéraires autour d’horaires connus ou de postes fixes. Les criques, parfois utilisées pour contourner les axes surveillés, font partie des zones concernées.

La Guyane fait également face à d’autres défis de sécurité. La recrudescence de l’orpaillage illégal, la progression de la pêche clandestine et les interrogations sur les moyens du spatial restent des sujets sensibles.

Lors d’une autre visite de deux jours en Guyane, la ministre des Armées et des Anciens combattants, Catherine Vautrin, a rencontré les Forces armées en Guyane, les volontaires du Régiment du service militaire adapté et les acteurs du Centre spatial guyanais. Cette visite n’était accompagnée d’aucune annonce majeure.

Dans ce contexte, la lutte contre les trafics ne peut pas reposer sur une technologie unique. Elle dépend de la capacité des douanes, de la police aux frontières, de la gendarmerie et des forces armées à partager les informations rapidement.

Ce qu’il faut retenir : un contrôle fixe seul devient prévisible

Le principal piège serait de croire qu’un barrage permanent bloque durablement une filière. Un point de contrôle connu peut décourager certains passages, mais il peut aussi pousser les trafiquants vers un autre itinéraire.

Le scanner lourd du port ne remplacera pas les agents sur le terrain. Il doit surtout permettre de mieux répartir les équipements entre le fret maritime et les contrôles routiers.

La multiplication des contrôles ne signifie pas non plus que chaque déplacement sur le Maroni est illégal. Le défi consiste à cibler les flux à risque tout en maintenant la circulation nécessaire entre les deux rives.

La visite de David Amiel se poursuit le mercredi 5 août à Macouria, puis à Cayenne, dernière étape de son déplacement guyanais. La stratégie annoncée sera jugée sur sa capacité à suivre les réseaux là où ils choisissent de se déplacer.

Les services publics de proximité restent aussi au programme

Le déplacement ministériel n’a pas porté uniquement sur les douanes et les trafics. À la direction régionale des finances publiques, David Amiel a aussi abordé l’accès aux services administratifs dans l’Ouest guyanais.

En 2025, le service des impôts des particuliers de Saint-Laurent-du-Maroni a reçu 8 000 usagers et traité 43 000 appels. À compter du 1er septembre, les majorations liées à l’affectation outre-mer seront maintenues à 100 % durant la première année de congé de longue maladie.

Elles seront ensuite maintenues à 60 % durant les deux années suivantes, contre 33 % aujourd’hui. La Guyane compte aussi vingt-six Maisons France Services, qui ont assuré près de 49 000 accompagnements en 2025, avec des dossiers réglés dans la quasi-totalité des cas.

Saint-Laurent dispose de trois structures, dont la moitié des démarches concerne la CAF. Un bus doit compléter cette offre d’ici la fin de l’année, tandis que la réponse aux trafics doit rester rapide, coordonnée et impossible à prévoir.

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Amandine
L’auteur

Amandine

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